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21/11/2008

Les petits soldats de La Voix du Nord

La ligne éditoriale du quotidien nordiste ? Précarité et faits divers ! Une journaliste fraîchement remerciée nous plonge dans les coulisses de cette presse peu recommandable... (article paru dans LA BRIQUE, journal d'infos et d'enquêtes de Lille et d'ailleurs)


« Nous ne prenons que les gens issus d'école de journalisme, vous commencez le 1er juillet à l'agence de Tourcoing » me signifie-t-on quand je décide de commencer l'aventure CDD. Dans cette agence, l'attaché de presse de la mairie appelle quotidiennement le chef d'agence : « Pouvez-vous passer telle photo, pour un concours à Tourcoing-plage ? ». Été oblige, les sujets se font rares, alors on engrange ce qu'on peut. Jusqu'à faire un papier sur les sites Internet des villes alentour. « Les gens veulent du pratique. Du pré-mâché », martèle le chef d'agence. Tourcoing a la plus mauvaise réputation parmi toutes les locales du journal. Ca se tire dans les pattes. Entre un journaliste syndiqué « trop zélé » et un chef d'agence qui refuse toute forme de libre pensée, la franche camaraderie n'est pas au menu.

Quand la chargée des ressources humaines (la « RH ») rappelle pour d'autres contrats, je refuse d'aller à l'agence de Calais (1 h 30 de Lille). « En 18 mois, je n'ai jamais refusé un seul contrat  me soufflera une fille rencontrée à Béthune, « d'ailleurs, je n'ai jamais pris de vacances ». « Tu as refusé un contrat... et ils t'ont rappelé ? C'est rare », s'étonnait une autre précaire de Calais. Les ressources humaines en font presque un chantage : « Vous savez, nous recrutons à la fin de l'année et si vous refusez un contrat, c'est très mal vu. »
La précarité, c'est être balancé d'agence en agence, ne pas connaître l'endroit où l'on débarque, changer de poste de travail quand les titulaires en ont besoin, rouler parfois une heure avant d'arriver au boulot, et recevoir les sujets de reportage sur la route... Également, la phrase fétiche de la RH, « on vous appelle dès qu'on a quelque chose », n'est valable que si nous-mêmes harcelons leurs services toutes les semaines. On m'a déjà appelé le lundi matin pour un contrat commençant l'après midi...
Cachez-moi cette grève

Par la suite,  j'accepterai d'aller à Calais, de peur de rater d'autres opportunités. J'y suis restée deux semaines et trois jours, nous étions quatre précaires pour autant de titulaires. Un stagiaire (non rémunéré), un contrat de professionnalisation (payé moins  que le SMIC), et deux CDD (1).
Quand on arrive sur une nouvelle agence, on ne connaît pas le tissu de l'information sur place. Et les journalistes de l'agence retouchent l'angle choisi pour un papier. À Calais, j'ai couvert le blocage du port par les pêcheur, qui intéressait peu la rédaction. « Les calaisiens en ont rien à faire du blocage. Ce qu'ils veulent savoir, c'est ce qu'il provoque sur l'autoroute et le tunnel », souligne le chef d'agence. Alors on contrebalance le blocage du port par les dizaines de kilomètres de bouchons sur l'A16.
Il faut que je sois honnête. Le journaliste qui veut traiter tel ou tel point, peut. A priori. Les titulaires sont capables d'en faire à leur tête même si le blâme n'est pas loin. Ainsi, un journaliste de Tourcoing a reçu un blâme pour avoir refusé de couvrir l'ouverture d'un Mac Donald ! Mais quand un CDD débarque dans une agence, il suit les recommandations des titulaires.

A Calais, je débarque avec mes gros souliers de « socialo ». « Donnez moi tous vos sujets sur le social, ça me fait pas peur. » Et l'agence s'empresse de me fournir les sujets. Quand je me pointe à une réunion de la CGT cheminots, l'accueil est tiédasse. Mais je rassure les militants : « je suis de votre côté, je vous donnerai de la place dans le journal. » Le lendemain, sur la manif, on me remercie. « C'est rare les papiers sympas sur nous. Vraiment merci. »


Tête de gondole : du sang !


Je découvre les rouages d'une presse commerciale, où la concurrence explique des choix éditoriaux discutables. Deux quotidiens s'affrontent sur le bassin calaisien : La Voix et Nord Littoral (2). Ce dernier, pariant sur le fait divers, arrive à faire une page entière de son édition sur le calvaire d'un chat accroché à une poignée de porte (véridique). Selon La Voix, ce journal se vend bien mieux que le sien. Alors elle contre-attaque et balance également du fait divers dans les premières pages de son édition.

C'est la tête de locale qui fait office de page reine dans le journal (3). Elle met en lumière  l'événement de la veille. En réunion de rédaction du lundi, la liste des têtes de la semaine est décidée. Logiquement elle ne varie pas, sauf événement. Lors de mon CDD, je devais couvrir la manifestation du jeudi 22 mai, contre la réforme des retraites et les suppressions de professeurs. 1500 personnes ont défilé dans Calais. Chose assez rare, surtout parce que les manifs sont souvent délocalisées sur Lille. Un sujet qui mérite la tête donc. Sauf que la veille au soir, les faits divers amènent un autre sujet. Un père et son fils se sont crashés à 110 km/h sur un camion. Les photos que le journaliste ramène sont « bonnes ». On voit la tôle froissée et les pompiers qui désincarcèrent les corps. Le papier atterrit en tête et tacle la « grogne sociale ». Ultime entourloupe : le journaliste met en parallèle les bouchons provoqués par la grève des pêcheurs et l'accident...

Précaires sous surveillance

Deux mois plus tard, lorsque je recontacte la RH, elle me répond : « Votre fiche de notation est revenue de Calais et on ne vous a pas rappelé parce que c'était moyen. Orthographe moyen. Souci du détail moyen. Originalité moyen... Moyen quoi. Nous avons proposé les autres contrats aux meilleurs CDD. » À chaque agence, une feuille de notation. Une seule note défaillante et c'est la suspicion. Le matelot n'est pas bon. Virons-le du navire. Les deux agences qui ont posé problème pour mon recrutement ont été celles où mes convictions politiques ne collaient pas avec la ligne éditoriale.

Même si je garde un goût amer de mon passage, j'ai beaucoup appris sur les soucis de la presse en général : moyens techniques défaillants, précarisation des contrats, recrutement codifié... Presse qui au prix d'une concurrence souvent faussée, délaisse le terrain social pour les domaines consensuels et racoleurs. Et La Voix du Nord prépare une édition du lundi, « elle embauchera » dit-on. Mais on se trompe. Les CDD (déjà anciens) ont signé pour 12 mois pour faire tourner cette édition. Si elle ne marche pas, elle poussera à la rue une vingtaine de CDD qui ont trimé plus de deux ans de leur vie pour une publication « héritière de la résistance ».

(1) Au total, à La Voix, une trentaine de CDD végètent entre contrats mensuels, plus longs ou bien plus courts. Un CDD gagne 1783,91 € bruts par mois et quelques primes.
(2) Qui pourtant appartient également au groupe Voix du Nord
(3) Située après les pages région, elle est surmontée du nom de l'aire concernée.

16/08/2007

Les journalistes ne sont pas des ouvriers comme les autres (même si...)

C'est lui qui le dit : "Le journaliste n'aura jamais de mal à trouver des contacts dans les assos ou les institutions mais rencontrer des vrais gens, sur ce qu'ils vivent eux, c'est dur. J'avais une amie qui souhaiter parler des gens qui passent du RMI au RMA. Elle avait tous les contacts institutionnels mais ceux qui avaient été touchés par la situation, elle n'en trouvait pas. Les journalistes ne sont pas de la même classe que certaines personnes concernées par leurs articles". (à peu près, pendant l'émission là bas si j'y suis)

Et il a raison le ruru. On me reprochera mon manque de recul vis-à-vis de mes sources. Ici François Ruffin, mais quand on a vécu quelques mois à bosser pas loin de lui, à réflechir et à comparer avec la situation de la presse, on se dit que...zut alors il a pas si tord.

Je connais dans ma famille, des smicards, des rmistes, des malades du travail, des intermittents, des retraités aux revenus de misère. Pourtant, même issue d'un milieu plutot modeste, j'ai du mal à ne pas appeller les associations quand un reportage tombe. En fait il y aurait plusieurs niveaux, si l'on veux. Les "vrais" gens, les assos, les institutions. Et à l'école on nous apprend à ne pas écouter les vrais gens. Combien de fois on m'a dit "une parole ne suffit pas". Je veux bien moi, mais franchement, il n'y a que les concernés, directement, qui ressentent la situation, qui savent à quoi elle ressemble.

J'ai dernièrement interrogé une famille vivant dans un hôtel de Tourcoing, l'association qui travaillait avec eux m'a suivi. La famille est en France depuis plus de 5 ans. Elle en est toujours à vivre dans deux 9m². L'association ne place pas un mot plus haut que l'autre. Aucune critique sur les institutions. Rien. Alors que clairement la famille n'avance pas. Si l'association n'avait pas été là, je pense que la famille ne les aurait pas remercié, n'aurait pas remercié l'hotel. Baasankhand (la mère), aurait fondu en larmes et parlé du vrai quotidien de l'hôtel. Non que je cherchais l'horrible, le crade ou les sentiments, mais je n'ai pas eu beaucoup de paroles sur ce que c'est que de vivre là.

Je ne dis pas que les associations nous cachent des choses. Mais au fur et a mesure du temps, elles ont développé des services de communication aussi ciselés que ceux des mairies. On nous passe toujours le grand chef, qui lui sait ce qu'il dit. Mais pas le bénévole qui trime sur le terrain. Et quand on parle de lui et de ceux qu'il aide éventuellement, c'est pour en faire un portrait neu-neu.

Reste que je revendique alors, le droit de parler aux petits/grand/roux/bruns/laids/beaux..... et de les croire. Et ne pas forcément toujours vérifier 36000 fois s'ils ont raison de dire que l'ANPE se fout de leur gueule ou que le centre culturel d'à côté se transforme en lieu d'exposition pour bac+10 alors que la mairie siffle que c'est de l'art à portée de tous. Et d'essayer d'aller fouiller (dans les poubelles) autre part que dans notre quartier ou de notre classe. Parce que oui, c'est encore un problème de classe.

Qu'est ce qui est plus facile : suivre Sarkozy dans sa piscine de je-sais-plus-combien-de-batons-et-franchement-je-m-en-fous ou suivre un Rmiste, au supermarché du coin voir ce qu'il peut acheter avec son budget, le suivre à l'Anpe, rester en attendant que les réponses (négatives) pleuvent ?

19/07/2007

Décidément...

Quelque chose me fait rire depuis quelques jours. Rire sous cape en fait. Je suis lue ! Surtout par les tourquennois... Il suffit que j'écrive "Tourcoing" dans mon texte et hop ! La plupart des institutions, des journalistes et élus de la ville, me lisent. C'est Google news qui permet cela. Il suffit de le calibrer pour que l'occurence que vous cherchez vous amène aux articles récents où votre mot fétiche se trouve.

J'ai déjà eu quelques reflexions. Genre "attention" ou "ah! c'est vous!". Apparemment, les infos sur "Tourcoing" (deux fois plus de chance d'être référencée!) sont peu nombreuses. Donc on arrive à me lire.

 Malheureusement, je viens de lire dans les statistiques une ligne qui m'effraie...on a copié l'adresse d'une photo de ce blog sur celui de Sieur Vanneste (pensez vous qu'il me lise ?) en commentaire. Et on l'a utilisé pour critiquer, j'en ris encore, le "lobby gay". Les termes se veulent injurieux. Je les trouve hilarants! Je n'ajouterai rien de plus.

J'avais pensé parler de la mairie et du journal. Mais la prudence s'impose. Vous le comprendrez. Et puis quel intérêt à court terme? En soit, la condition du journaliste en elle-même est bien plus intéressante. Mais j'aimerais souligner que je n'avais jamais vu dans n'importe quelle municipalité un tel travail de communication. C'est sûr qu'on pourrait parler de proximité. Mais je pense que le cadre d'une ville champignon (terme personnel que j'expliquerai plus tard...) qu'est Tourcoing fait qu'une certaine image doit passer au public. Ce travail est remarquable. Et même moi qui aies d'habitude la tête dure contre la communication, je dois dire que je m'émerveille tout le temps de ce qui est fait pour nous donner toutes les pistes de travail. Mais forcément ça va plus vite, forcément on nous mache le travail...

Donc comme je disais, avant de dire du bien de gens dont je devrais pourtant me méfier comme la peste ( et avant d'être interrompue par moi même comme dirait feu desproges). Pouf Pouf, donc comme je disais, je parlerais du boulot de journaliste en soi. Au sein d'une rédaction. Seul devant la source. Seul devant son écran. Au milieu d'une classe de futur comme lui. Pour que les critiques faites aux journalistes puissent simplement prendre un peu de recul. Et y a du boulot.

Il y a en ce moment, la préparation d'un cycle des médias sur Lille. Il se déroulerait courant novembre à l'Univers. Cycle des médias...alternatifs. Certains d'entre vous connaissent peut-être la Brique, le Bretzel (prix libre en vente ici), la Wassingue, l'Oeil....ce sont autant de publications qui vont se réunir à cette date là et s'autocongratuler. Et dire que le reste des médias est vendu au grand capital, que travailler dans un journal c'est accepter ce qu'il y a écrit dedans. Que tous les autres sont pourris et que c'est nous les meilleurs d'abord.

Le problème avec cette type de presse (alternative, vous me suivez?), c'est que quand on leur dit que c'est plus complexe que ça, ils nous traitent d'intellos-bobos-antianarchistes et j'en passe. Je ne suis pas là non plus pour dire que la presse dominante (se référer à G.Balbastre) est parfaite. Que tous les journalistes sont géniaux et que je brûle d'envie de faire ce boulot là pour le restant de ma vie (si en fait je veux). Mais aussi pour dire que les coincés du cul de la maudite presse alter, ils commencent à me courir sur le haricot.

La grande presse (dominante) a tout à nous apprendre. A écrire déjà. A mettre en page. A ne pas faire de fautes. A avoir des sources. A ne pas croire toutes ces sources (surtout si elles portent un manteau kaki avec marqué "mort à tout", qu'elles ont une crête sur la tête et qu'elle te disent "moi je" alors qu'elles se sont jamais sorti le doigt du...voyez quoi).

J'ai appris énormément dans la grande presse. A ne pas pleurer quand on vous assène droite sur droite verbale. A ne pas moufter quand on vous donne un énième sujet de centre aérés (sur Dunkerque tous les centres aérés ont le même thème-les même activités, on s'arrache les cheveux à essayer de ne pas écrire les même choses sur une dizaine de centres...). A gérer son temps. A devenir sociable ou à ne pas l'être. A voir qu'un changement de hiérarchie d'une année sur l'autre, vous change tout une ambiance de travail et d'écriture.

 Bref, le premier qui dit que la Voix du Nord ou Nord Eclair ou Libération (c'est pour ajouter au référencement, je pourrais ajouter le Figaro mais j'avoue que ça me ferait mal...) ne servent à rien, se fourre le doigt dans l'oeil, jusqu'où il veut (mais le plus loin sera le mieux). Je ne dit pas ça parce que j'y travaille. Je ne dis pas ça parce qu'on va me lire. Mais parce que vraiment j'y crois. Une presse alternative ne devrait pas être une solution "à la place de". Mais bien des outils de pression pour que les autres journaux travaillent mieux. 

Que les journalistes qui veulent faire un meilleur boulot puissent le faire. Puissent retrouver l'essence même de leur fonction : (au choix selon vos affinités) : frapper là où ça fait mal, parler des vrais gens, aider à comprendre, ouvrir les yeux, découvrir...

 

Ps : muck racker : fouille merde (journalistes d'investigation chez nos confrères étasuniens). Prétentieux n'est-ce pas ? Je sais...

 

medium_FH000020.JPG Cité administrative. L'enfer commence ici. Ou finit pour les plus chanceux...

 
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