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08/01/2009

Les chiens de garde de la Voix du Nord

Un petit article de La Brique (signé-surtout-S.G et-un peu-G.D). Et bien sûr, une autre référence à un journaliste que j'estime énormément. Allez jeter un coup d'oeil au dessin. Joli. Joli.

 

 

Les chiens de garde de la Voix du Nord

 

Dans « Les petits soldats de La Voix du Nord » [1]], une salariée évincée de la rédaction du quotidien témoignait après un an de CDD. Ses attaques sur la primauté du fait divers et les conditions de travail ont suscité de vives réactions, souvent lamentables, de la part de chefs d’agence comme de journalistes.

Le 24 novembre, coup de téléphone. « Gaëlle David ? Pascal Martinache de l’agence de Calais. Vous vous souvenez  ? ». Il prévient d’emblée : « Nous aurions dû être bien plus méchants sur votre note de CDD, nous avons été gentils. » La notation de l’agence l’a pourtant empêchée de renouveler son contrat... Puis il déblatère sans lui laisser une seconde de répit. Dans son papier [2], Gaëlle racontait par exemple comment une manifestation calaisienne avait laissé place à un accident de la route en Une du canard, photo malsaine à l’appui. À quoi Martinache rétorque  : « Si pour vous un papier sur un accident d’un enfant et de son père n’est pas important, c’est que vous ne comprenez rien au journalisme, vous ne serez jamais journaliste ». Un vrai journaliste préfère le racolage morbide aux mobilisations sociales, c’est bien connu !

Les chefs d’agences voient rouge

Sur la dernière grève des pêcheurs, l’agence lui demandait de mettre l’accent sur les problèmes de circulation provoqués sur l’autoroute ou le tunnel sous la Manche. Martinache se justifie encore : « À Calais, c’est normal de parler du tunnel parce que ce sont des soucis de sécurité. Bah oui. Mais vous n’y connaissez rien ». Puis il nie tout en bloc : « Vous ne connaissez rien des autres journalistes et des CDD. Tout ce que vous avez écrit ce sont des inepties ». Certes, passer plusieurs repas en compagnie de ses collègues n’a pas fait d’elle leur confidente exclusive, mais les soucis d’argent, on en parle à celles et ceux qui sont dans la même galère. Pas au chef d’agence, pas au chien de garde. Au bout de cinq minutes, il lui raccroche au nez. « Est-il vraiment si facile de cracher dans la soupe après l’avoir bue ? Sans doute, en passant par un rot. Bonne digestion ». C’est Patrick Seghi qui s’exprime, le chef d’agence de Tourcoing, sur le blog de Gaëlle qui a mis l’article en ligne . Ce petit chef qui lui lança alors qu’elle était en CDD : « La politique, c’est pas bon à La Voix du Nord » en y ajoutant un silence lourd de sous-entendus... En clair : garde à vous ! Gaëlle décrivait cette agence comme l’une des plus détestables de La Voix.

Les fayots

Des journalistes, lecteurs et lectrices sont également venus défendre leur maître sur son blog. « Tu n’as certainement pas compris que la PQR (Presse Quotidienne Régionale) doit vendre, qu’il faut te mettre à la place des lecteurs », clame Sandrine. « Enlevez les faits divers d’un journal de PQR, vous allez voir la tronche des ventes. Donc les mettre en une, c’est plutôt normal, non ? Faut bien manger », dixit Micheline. Puis Geoffroy de Saint Gilles, titulaire à Tourcoing, ne voit pas pourquoi un conflit social prendrait le dessus sur un vulgaire embouteillage : « Tu sembles vouloir faire l’opinion des gens, leur dire ce qu’il faut penser (une grève est plus importante que vos bouchons) », ajoutant « personne ne t’oblige à faire des CDD à La Voix ». « Sam » y va encore plus fort. Il décèle « une grande frustration » chez Gaëlle : « Tu pensais devenir journaliste à la Tintin ou quoi ? Tu t’es trompée de média alors. [...] Je comprends que La Voix du Nord ne t’ait pas gardée. Tu n’as aucune expérience, des préjugés idiots et infondés sur la presse régionale, tu manques de respect aux journalistes de La Voix du Nord dont je fais partie. Bon vent au pays des Bisounours ». Bon vent dans la presse pourrie, Sami ! La perle revient à « Pieds sur terre », qui met en avant les performances de La Voix, un journal financièrement bénéficiaire aux 1000 salarié.es  : « Faut-il mettre en péril tous ces emplois en changeant de ligne éditoriale pour faire plaisir à quelques journalistes bobos ? ». Qu’il ouvre les yeux, les bobos sont à La Voix, et offrent des jeux, du sport et du chien écrasé au populo.

Contrepoids

La seule critique « valable », c’est le fait qu’elle ait avoué avoir glissé aux cheminots CGT être « de leur côté », lors d’une réunion syndicale. Certes, en vertu de « l’objectivité journalistique », c’est « interdit ». Mais face à la subjectivité de La Voix et des médias qui mentent, tantôt méprisant les mouvement sociaux, tantôt se faisant les apôtres de la pensée dominante, la tentation est forte d’afficher un soutien aux grévistes... pour ne pas être reçu en ennemi. Néanmoins, la majorité des dizaines de réactions - journalistes ou non - confirment la vision d’un journal pauvre en information, racoleur, bâclé. Salarié actuel de La Voix, «  un journaleux énervé » témoigne de manière anonyme, de peur « d’être viré ». Il confirme que « nier le fait que La Voix du Nord exploite ses CDD serait vraiment être totalement aveugle (...). Il n’y a rien de mieux pour rendre les salariés complètement dociles et dépendants à leurs chefs (...). Ce sont effectivement des « petits soldats », corvéables et malléables à merci ».

S.G et G.D

Notes :

[1] [La Brique n°10, nov-déc 2008.->http://labrique.lille.free.fr/spip.php ?article848

[2] La Brique n°10, nov-déc 2008.

16/12/2008

Objectivité, vous avez dit objectivité ?

Puisqu'on vous dit que ça n'existe pas. Ne vous fatiguez pas. Mais on y tend, on essaye de la toucher du doigt cette satanée valeur du journaliste qui se respecte. Sans relâche on y aspire. Mais on fait fausse route, puisque déjà on choisit les mauvais outils.

A Gravelines, dans le Nord, il n'y a pas que la centrale qui irradie la côte. La presse s'empare de la ville et envoie ses journalistes dès que ça chauffe au conseil municipal ou sur le terrain de basket. Mais pas de journalistes pour le reste de l'info. Les correspondants s'occupent de la menue info. Dans les journaux, on a l'habitude de la manoeuvre « bon, on va devoir malheureusement vous envoyer sur les sujets de nos correspondants, c'est chiant, mais elle peut pas être là donc....à vous de vous en occuper » m'a-t-on soufflé à Béthune. Un sujet de kermesse d'école qu'on nous colle dans les bras sans grande passion. les correspondants mangent les « petits » sujets à toutes les sauces et à tous les repas. Pas le choix, ils sont payés pour ça. enfin.... « Payés » dirons-nous. Ils reçoivent quelques noisettes et remplissent pourtant la moitié d'un journal. Parfois bien plus dans les hebdos. Si mes souvenirs sont bons et si les témoignages de quelques correspondants sont fiables, l'article est rémunéré une dizaine d'euros. Parfois plus, quand il est accompagné d'une photo.


Dans la plupart des agences de la Voix, les correspondants manquent et on utilise jusqu'à la moelle ceux qu'on a sous la main. Au Phare Dunkerquois, il y a quelques années, on faisait croire à de jeunes pousses que le statut s'assimilait à celui d'un journaliste. Juste pour que les étudiants restent fidèles au journal et grattent bien plus.


« A Villeneuve d'Ascq, dès qu'on a un poste à la mairie, on ne peut plus devenir correspondant » m'expliquait une jeune correspondante. A Gravelines, les correspondants de la Voix du Nord et du Phare Dunkerquois ne s'embarrassent pas de telles considérations. Le correspondant du Phare Dunkerquois est élu à la mairie de Grand-fort, de l'autre côté du chenal et les deux correspondants de la Voix sont respectivement à la communication de la ville et vice président de l'union commerciale de la Ville. En plus de se faire des fins de mois plus que confortables en plus de leur statut enviable, les correspondants bien aises ne seraient-ils pas plus sympas de laisser ces places à des journalistes en devenir avides de s'essayer aux techniques de l'écriture ?


Et quand on oublie l'objectivité forcément passée à la trappe avec de telles mains mises sur la ville où l'on intervient, forcément tout est faussé. Si les journalistes sont des "professionnels" de l'écriture payés à ne faire que ça, forcément c'est bien plus facile de se rendre indépendant, mais quand on met dans les mains des notables implantés au plus profond d'une ville, les clés de l'information... ça dérape.

 
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