Avertir le modérateur

13/10/2009

Ré-enchanter le travail

A force de voir douze mille masques me passer devant les yeux, j'ai décidé de passer outre mon envie de m'étouffer avec. J'ai préféré choisir l'option "fais croire que tu es folle, mais fais les sourire". J'ai ré-enchanté le travail. Je regarde l'atelier comme un terrain de jeu plutôt qu'une salle de torture (même si je ne perds pas de vue son véritable sens).

Dans ma blouse blanche, taille 5, qui appartient d'ailleurs à Annie Pétain (sigh!), il y a moultes barrettes nasales. En plastique et fer, ça ressemble, si vous voulez, aux trucs qui ferment les sachets congélations. En les tordant, on peut créer pleins de choses. J'ai donc une madame offerte par un technicien, un serpent, un scoubidou, des roues de voiture, des bagues...qui peuplent le fond de mes poches.

A la pause, je mange un paquet de Dinosaurus, vous savez ces gâteaux qui existent depuis que...Bah depuis bien longtemps. J'en mangeais quand j'étais pas plus haute que ça. De bons sablés au chocolat, c'est vraiment super. Et puis plongé dans le yaourt à la framboise, le tyrannosaure se retrouve affublé d'un bonnet de bain rose. Infaillible et ça fait marrer mes collègues. Qui me demandent d'aller chez les psy.

Il y a une machine, la flo-pack, ou ulma, ou...bref... Qui enferme chaque masque individuellement, à 80masques à la minutes, il faut aller vite pour les poser. Alors parfois je m'imagine, prise dans la machine, comme une charlie chaplin, et ressortir emballée, comme un cadeau. J'ai d'ailleurs déjà posé un dessin sur l'un deux ce qui a fait marrer de nouveau les copines.

Imaginer les deux collègues des stocks en gangsters du far-west, dessiner sur des masques défectueux, trouver des idées délirantes pour les matières inutilisées, faire un concours de changement de rouleaux, lancer de faux regards outrés à une collègue rigolote...

Bref, tout ça pour oublier, que dans un mois, des copines vont sortir de la boîte, que je squatte un boulot qui pourrait revenir à l'une d'elles, que la boîte est en déficit, que les promesses de renouvellement de contrat sont devenues poussière, que "diplômés ou pas, on est tous dans la même merde", que mes doigts me font mal, que leurs dos les brisent, et que six de mes collègues sont Cotorep, cassés par la manutention alors qu'ils n'ont même pas 50, voire 45 ans.

Serrer les dents, et se marrer quoi qu'il arrive, mais pas trop longtemps. Parce que le jour où il faudra casser du patron, je le ferais en chantant, mais avec la puissance de toutes les douleurs que d'autres ont accumulées pourt survivre.

18/08/2009

Never surrender. Nerver ? Never !

On me dit dans mon oreillette que la vie d'ouvrier est la vraie vie. Ou un truc dans le genre.
Allez. Culpabilisez pas. Vous vous êtes dit, à un moment de votre vie. Aplusieurs, même si ça se trouve, et si vous êtes de gauche, que vous ne méritez pas votre vie. Que vous devrier vivre comme ceux qui galèrent. Que vous êtes un privilégié. Vos parents vous ont répétés que vous ne deviez pas vous plaindre. La télé nous le serine. L'Etat nous le chante tous les jours.

Bah ça marche pas comme ça. Vous avez mérité le bonheur et les mecs qui bossent à s'en faire des TMS* le méritent aussi. Pas plus pas moins. Mais il le méritent. Si on s'est toujours dit qu'il fallait émanciper le peuple opprimé c'est aussi à lui de se bouger le cul. Là j'ai bien envie d'aller fourrer une bonne centaine de masques en spun et meltbow (comme c'est joli ces petits noms de matières) dans le fion de la Parisot pour qu'elle arrête de nous déverser des flots de conneries liquides. Mais est-ce que je le fais ? Bah non.

Ne culpabilisez jamais de ce que vous avez. Parce que vous n'aurez jamais assez. Nous méritons une vie sécurisée, pacifique, confortable, verte, équitable et jolie. Bordel. Pas un succédanné de "souris et bosse pour trois sous". Le travail c'est pas la santé. Nos acquis ne sont pas des privilèges mais des dus. On y est, on y reste. On a souffert, on y tient.

Ci-dessous, je me plains, mais pas pour vous apitoyer. En tout cas pas pour me faire mousser, genre je souffre, je suis une héroïne (quoi que si vous voulez le faire, ça me remontrait le moral, je déconne). Mais pour montrer la réalité d'un travail qui te casse physiquement et ne te fais pas grandir intellectuellement. Juste humainement.

 

 

* TMS : troubles musculo-squelettiques, les douleurs ciblées que ressentent les caissières, et les ouvrières qualité sur les masques. Entre autres...Vous voyez quand je lève mon coude gauche ? Bah ça tire dans mon cul et ma nuque. Mais ça pourrait être pire. "Je prends deux dafalgans tous les week-end parce que j'ai trop mal au dos" "j'ai jamais eu mal au dos dans mon ancien boulot, mais là, ça me détruit" selon deux de mes collègues. Et j'ai deux stigmates. Les poignets tous rouges et griffés dans le prolongement du pouce à cause du frottement quand je ferme les étuis.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu