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08/02/2010

Continue without flu

J'ai perdu mes mères. Une bonne dizaine. Comme ça, d'un coup. Pouf !

MH-Bon comme tu dois t'en douter, tu ne seras pas renouvellée.
Mje me tortille sur ma chaise.- Ouais je le savais.
MH-Mais bon si jamais on a besoin de gens on rappellera les filles.
M-Mouais, je vais pas compter là dessus.

Et même que parmi mes mères yavait un mec. Voire plusieurs en fait. 
Merde.
Mais c'est qu'ils me manquent tous. Il est 5H15, ils bossent depuis quinze minutes et j'arrive pas à me dire que je ne les reverrai pas, pas tout de suite. Comme Fatima disait "on se reverra sans doute, mais c'est dur. Dur de repartir de zéro, de faire la connaissance de nouvelles personnes. De refaire confiance".

Comme dans une relation amoureuse, j'ai l'impression d'avancer à tâtons, que je n'arriverai pas à trouver de personnes comme elles. Que leurs rires et leurs histoires à elles m'ont baigné pendant des mois et que je me retrouve toute nue, fragile presque ridicule. Ridicule d'écrire ça ici, que finalement je fais du beau cinéma. Mais comme dans une relation amoureuse, je ne me suis pas cachée pendant ces 6 mois, j'ai toujours été telle que je suis, mordante quand il le faut et joyeuse quasiment tout le temps. Retourner à la vie que je me suis forgée, pleine de pudeur et de retenue me met mal à l'aise. Il y a du boulot pour devenir celle qu'on a toujours été, et elles m'ont donnée envie d'y arriver.

Une relation amoureuse terminée par une rupture en bonne et due forme, que j'irais signer dans la semaine et que les autres appellent "solde de tout compte".

A toutes mes mères, je leur dis merci et je leur rendrais ce qu'elles m'ont apporté : les zygomatiques figés et l'envie d'en découdre coûte que coûte.

13/10/2009

Ré-enchanter le travail

A force de voir douze mille masques me passer devant les yeux, j'ai décidé de passer outre mon envie de m'étouffer avec. J'ai préféré choisir l'option "fais croire que tu es folle, mais fais les sourire". J'ai ré-enchanté le travail. Je regarde l'atelier comme un terrain de jeu plutôt qu'une salle de torture (même si je ne perds pas de vue son véritable sens).

Dans ma blouse blanche, taille 5, qui appartient d'ailleurs à Annie Pétain (sigh!), il y a moultes barrettes nasales. En plastique et fer, ça ressemble, si vous voulez, aux trucs qui ferment les sachets congélations. En les tordant, on peut créer pleins de choses. J'ai donc une madame offerte par un technicien, un serpent, un scoubidou, des roues de voiture, des bagues...qui peuplent le fond de mes poches.

A la pause, je mange un paquet de Dinosaurus, vous savez ces gâteaux qui existent depuis que...Bah depuis bien longtemps. J'en mangeais quand j'étais pas plus haute que ça. De bons sablés au chocolat, c'est vraiment super. Et puis plongé dans le yaourt à la framboise, le tyrannosaure se retrouve affublé d'un bonnet de bain rose. Infaillible et ça fait marrer mes collègues. Qui me demandent d'aller chez les psy.

Il y a une machine, la flo-pack, ou ulma, ou...bref... Qui enferme chaque masque individuellement, à 80masques à la minutes, il faut aller vite pour les poser. Alors parfois je m'imagine, prise dans la machine, comme une charlie chaplin, et ressortir emballée, comme un cadeau. J'ai d'ailleurs déjà posé un dessin sur l'un deux ce qui a fait marrer de nouveau les copines.

Imaginer les deux collègues des stocks en gangsters du far-west, dessiner sur des masques défectueux, trouver des idées délirantes pour les matières inutilisées, faire un concours de changement de rouleaux, lancer de faux regards outrés à une collègue rigolote...

Bref, tout ça pour oublier, que dans un mois, des copines vont sortir de la boîte, que je squatte un boulot qui pourrait revenir à l'une d'elles, que la boîte est en déficit, que les promesses de renouvellement de contrat sont devenues poussière, que "diplômés ou pas, on est tous dans la même merde", que mes doigts me font mal, que leurs dos les brisent, et que six de mes collègues sont Cotorep, cassés par la manutention alors qu'ils n'ont même pas 50, voire 45 ans.

Serrer les dents, et se marrer quoi qu'il arrive, mais pas trop longtemps. Parce que le jour où il faudra casser du patron, je le ferais en chantant, mais avec la puissance de toutes les douleurs que d'autres ont accumulées pourt survivre.

23/07/2009

Click-clock

--Petit sablier, 2014, 07 /numéro de machine (E ou H ou I...) 09 et jour de l'année. Vérifier, mettre dans une caisse, 10 boîtes, fermer la caisse au scotch, imprimer le code sur le carton, scotcher l'autre côté, poser sur une palette.
--Une heure après, dix masques tombent de la machine, les prendre, vérifier en 15 secondes si les élastiques sont là, si les rabats sont bons et si les barrettes nasales sont à la bonne taille, et bien soudées dans le masque et si les inscriptions sont bonnes. Les mettre dans la boîte qu'on vient de former. 10 retombent. Quand il y en a 50, on ferme la boîte , et on pose sur un tapis roulant. Et là est imprimé petit sablier blabla... Et une heure après on bouge de machine. Et ensuite, on retourne s'occuper des cartons.

A y est je suis ouvrière ! De matin, 5H à 12h. Et tout cela grâce à la grippe A/porcine/mexicaine. Que vive la grippe, ça me paiera le loyer !
104 millions de masques à faire jusqu'à la fin de l'année prochaine. Ça promet de l'emploi dans le coin.

C'est répétitif à souhait mais l'ambiance de travail prime sur tout. Mettez une vingtaine de femmes (et quelques hommes) dans une même grande salle, et vous obtenez un cocktail de bonne humeur. Et de simplicité. Surtout. Pas de chichi, une charlotte en papier bleu sur la tête, une blouse moche et des chaussures de sécurité, impossible de se distinguer.

Pour essayer de compenser la frustration de n'avoir rien trouvé dans le journalisme, je prends ce boulot pour une espèce d'étude sociologique avec observation participante.

J'ai déjà pu noter la solidarité des filles entre elles, qui, pour certaines sont célibataires avec enfants, ou très jeunes, les syndicats qui descendent jusque dans l'atelier pour causer pendant que les cheftaines ménagent des pauses pour qu'on puisse les écouter...

Comme on dit, la suite au prochain numéro...


 
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