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13/02/2011

Sur le trottoir

J'aurai du écrire cette note il y a deux ans.

Il y a deux ans, sans doute jour pour jour, je m'en souviens plus trop, j'étais licenciée. En période d'essai. Mais pas n'importe comment, disons plutôt pas si simplement.

J'ai fait un contrat dit "AFPR", proposé par l'ANPE. Action de formation préalable au recrutement. Une entreprise vous prend trois mois en formation, l'état vous rémunère et paie l'entreprise. Enfin, la paie si elle vous embauche au bout des trois mois. Ou vous fournit un CDD de plus de 6 mois. La formation doit durer trois mois, histoire que vous soyez parfait pour le job. Ca parait un bon deal vu comme ça.

J'ai proposé mes services à Ekinoxe. J'ai démarché moi-même l'entreprise, j'ai moi-même fait le pied de grue à la mission locale pour qu'on me fasse ce contrat. J'ai porté le truc, en me disant que c'était le bon plan.

J'ai été formé une demi-journée. Payée pendant trois mois un peu plus de 500 euros, ou 400, je sais même plus. J'ai tenu ma langue quand on m'a foutu plus bas que terre (voir les notes d'avant). J'ai tenu, c'est le bon plan.

J'ai même pas appelé les inspecteurs du travail quand les patrons sont partis nous laissant une boîte sans chauffage avec que des moins de 25 ans. 10 degrès, tout le monde tout bleu et les patrons qui veulent même pas louerun petit radiateur et qui nous demande de ramener les nôtres. J'ai même pas bronché quand j'ai compris que l'argent coulait à flot et que les salariés n'en recevaient rien, niet. Pas une cacahuètes. Et que le patron qui s'occupait de notre service n'était qu'un incapable. Ouais j'aime cracher dans la soupe après du temps. Mais penser qu'internet fonctionne comme il y a 10 ans, ça la fout mal. Si, si, vous savez foutre des mots clefs dans la même couleur que le fond, histoire que ça se voit pas, à l'oeil nu, mais que google en soit saturé...

C'était le bon plan. J'ai eu mon CDI. Ils ont eu leur fric (1500 euros pour me former), m'ont payé un mois et demi de salaire, et m'ont foutu dehors.

C'était le pire plan.

Mais le temps m'a vengé.

Leurs magouilles ont cessé (des sites archaïques vendus 5 000 euros, des clients à qui on force la main, et qu'on prend pour des cons...)

Liquidation judiciaire il y a quelques mois. Les clients mécontents ont laminé la boîte. Ils ont bien fait. S'ils savaient comment on bossait à l'époque... Un jour par site. Et on y revient plus. Alors que les patrons communiquent sur notre "dynamisme, notre jeunesse", j'aurais dit cynisme tiens.

J'ai souri quand on m'a parlé de cette liquidation. Comme une vengeance rendre justice.

Et puis j'ai arrêté de me marrer.

Parce que si les trois rigolos ont perdu ce qu'ils avaient monté, ils ont sans doute gardé les voitures de fonction. Et tapé pas mal de fric pendant qu'ils étaient là.

Eux on du avoir une sortie douce-amère.

Et je ne parle même pas des clients qui se retrouvent sans site. Comme le musée de la piscine à Roubaix tiens.

Mais la trentaine de jeunes salariés avec qui j'ai pesté, avec qui j'ai rigolé, avec qui j'ai comploté un peu...eux ils se retrouvent sans rien, de rien.

 

07/08/2009

A la chaîne

"Il n'y a pas de sous/sot métier"

Combien de fois avez-vous déjà entendu cette phrase usée à la corde ? Celui qui la prononce tente de se rassurer alors qu'il sait qu'il a un boulot pourri. Et quand on se l'entend dire, c'est surtout pour cacher signifier "te plains pas t'as un boulot".

Ne faut-il pas se plaindre quand à une quarantaine d'années, on a le dos cassé ? Ne faut-il pas désespérer quand au même âge on trouve qu'un CDD de 6 mois c'est une opportunité géniââle ? Ne faut-il pas se dire qu'on fait un boulot de merde, à des heures décalées, pour un salaire de misère, en sachant qu'on s'use plus vite là qu'ailleurs ?

Il existe tellement de sots métiers, tellement de sous labeurs. Ce n'est pas l'humain qui est bête mais la tâche. Comme disait un ami d'une amie qui arrive à lire Bourdieu : "la question c'est l'emploi. Mais aussi sa qualité". Beaucoup trop d'emplois ne ressemblent à rien, ne mènent à rien.

Et ne font que casser l'homme. Une collègue, Odette*, titulaire d'un bep compta mais qui fait de la manutention depuis des années l'explique "les cours du soir, tout le monde le voudrait, mais j'ai déjà eu du mal à me mettre au sport, alors rentrer du boulot, voir ses gamins et rebosser derrière, trop dur pour moi. Ca me dépasse". Et pourtant l'envie profonde ne manque pas. Mais même moi, qui suit normalement la plus motivée pour m'en aller de là au plus vite, je n'arrive pas. En rentrant, je suis cassée, avec une seule envie : le vide. Quand on bosse, on ne pense qu'à son lit.

Alors comment construire une vie sur une fatigue permanente ? Avec en filigrane de son parcours, des échecs qui reviennent sans cesse : "j'aurais du mieux bosser", "les jeunes ils faut qu'ils fassent des études, pas comme moi", "Quand je suis revenue dans le Nord, j'ai laissé tombé mon boulot. C'était une erreur" ?

Ces ouvrières se mettent à rêver. "Un mari gentil, des gamins qui auraient tout ce dont ils ont besoin, un CDI, une maison à moi, ou juste un appartement" que Brigitte* me sort, entre deux cartons à scotcher. Elles vivent un peu par procuration des morceaux de vie de leurs collègues. Mattent des photos du mariage de la collègue. Fantasment sur un malaise que je fais pendant trois secondes : "t'as des nausées, tu serais pas enceinte, ohhhh ce serait trop mignon. Tu te maries quand ?" sourie Liliane* aux yeux qui pétillent.

 

* : tous les prénoms sont changés. Histoire de.

 

Prochainement : les seules richesses des ouvriers, ce sont leurs enfants ( je sais plus où j'ai déjà lu un truc comme ça...)

 

03/04/2009

Dormez il le veulent !

Bien. Retour à la case départ mes gens.

Avoir travaillé trois mois gratuitement en Action Préparatoire au Recrutement (APR) n'a pas payé. Au bout d'un mois et demi de CDI, je me suis fait lourder. Remarquez, je m'y attendais. Mais ça fout les boules. Un peu. Ca foutera les boules aux prud'hommes aussi.

Le pire dans l'histoire, finalement, c'est sans doute que mon ex-entreprise sera dédommagée par l'Etat. Alors que ça ne devrait pas être le cas. J'aurais finalement coûté...laissez moi calculer... ah oui 1000euros. A tout casser. 1000 euros dépensé par mon entreprise pour 4 mois et demi de travail. Les contrats précaires c'est le Lidl du salarié.

Et pendant ce temps là, on file de l'argent aux entreprises pour les contrats d'apprentissage qui durent bien souvent deux ans, sans garantie d'être embauché après. Et on va nous faire croire qu'il faut 2 ans pour devenir vendeur, ou boulanger, ou...bref.

Je ne veux pas prophétiser, mais la génération qui est en train de grandir vers la vie professionnelle en aura du ressentiment. Nous n'espérons même plus de travailler là où l'on voudrait. Nous ne choisirons plus. Nous devrons travailler. Parce qu'il le faudra. Point.

 

Ah oui, et j'oubliais, j'ai un peu laissé tomber le Mauroy. Non pas que ce n'est pas intéressant. Loin de là. Mais finalement, je reprends le flambeau généalogique en m'occupant personnellement d'un combat familial. Je vais donc bosser sur Albert Denvers.
La plupart d'entre vous n'ont jamais entendu parlé du bonhomme. Un socialiste du littoral Dunkerquois qui a tenu la mairie de Gravelines pendant 18 années et rayonné sur tout le bassin maritime. Pour le moment, je glane. Il est décéde en 2006, alors vous me direz que c'est un peu lâche de faire ça sans lui. Un peu. Sans doute.
Mais son image de socialiste parfait a bien besoin d'être écornée par certaines vérités que je garde depuis...ma terminale !

Dur de se remettre en piste après une nouvelle gamelle. Rien ne fait envie, mais il faut se bouger le train. Faut bien bouffer comme disent les grands.  Et tout accepter ? Tout encaisser ? Et se résigner ?

 
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