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06/02/2009

Exercice de style ?

"Lille s'est bonifiée avec Mauroy"

En entendant à la volée cette phrase d'une cinquantenaire sèche, dans les rues de la capitale nordiste, je me suis dit "Ah bon ?". "Vraiment ?". Finalement, ça vaut bien une recherche. Après tout, arrivée en 2003 sur Lille, je ne connais que la Martine. Et du Pierre, je ne connais que la silhouette bonhomme et respectée du socialiste influent. Alors, c'est vrai ? Pierre a-t-il bonifié Lille ?

Je me lance dans un exercice journalistique qui n'ira peut-être pas loin, ou pas. Qui sait.

Si l'envie vous prend de me donner des pistes de recherche. Ou de me dire que je fais fausse route, allez-y.


Première étape du boulot de journalisme (classique) : se documenter (paraît que ça permet de ne pas arriver comme un cheveu sur la soupe. Mais la technique "je ne connais rien, racontez moi" est aussi efficace, et j'aime bien l'utiliser).

Direction médiathèque de Roubaix. Premier cru de bouquin :

  • L' homme qui a changé la ville : 30 ans sous le beffroi (par Le Flécher , Guy/Ravet-Anceau 2002),
  • Lettre ouverte à Pierre Mauroy (par Diligent , André [s.n.] 1995)
  • La Métropole rassemblée : 1968-1998, Lille Métropole (par Communauté urbaine de Lille Fayard 1998)


Je n'ai lu que le deuxième pour le moment. Fort intéressant. Les deux autres sont clairement pro-mauroy, ou du moins, présentent son influence comme bénéfique et semblent présenter Lille comme une ville rayonnante...


La lettre ouverte de l'ancien maire de Roubaix est forte instructive. Surtout pour ceux qui n'ont pas connu l'avant métro. Lire un aussi petit bouquin amène beaucoup de questions : Lille est-elle une grosse tête avec un petit corps ? Roubaix et Tourcoing ne ramassent-ils que les miettes de la Métropole ? Mauroy est-il le gardien du Ps sur Lille, et a-t-il utilisé ce statut pour faire rayonner Lille tout en étouffant les environs ? Ces questions réthoriques ont des réponses, apportées par La lettre ouverte. Réponses qu'il faut maintenant vérifier.

20/07/2007

La bonne veine

Depuis quelques mois je guette un distributeur tout près de l'Aéronef et du Tri Postal. J'y avais trouvé déjà deux boîtes vides de ce que je cherchais. Mais ça y est je vais pouvoir enfin actionner la machine. 

J'ai trouvé une seringue usagée.

Je ne me drogue bien sûr pas, peu d'alcool et pas de fumée, ni piqure ni cachets.... Mais voilà je veux faire un article sur la toxicomanie à Lille. Je passe souvent devant ce distributeur de seringues neuves et j'avais espéré pouvoir l'utiliser pour voir comment il fonctionne. Si c'est contraignant, dangereux... J'avais comme je vous l'ai dit trouvé deux boites sans seringues. Il restait ce qui s'appelle un stéri-cup où on peut faire chauffer la drogue. On y trouve aussi des petits flacons en plastique mou avec de l'eau dedans pour les injections. J'ai gardé ces deux composantes, au cas où pour comprendre et en parler auprès de ceux qui savent.

Et puis donc, en scrutant par terre une nuit dernière, j'ai trouvé une seringue. Déjà utilisée. Quelques gouttes de sang restent près de l'aiguille. Outch.

J'y ai fait attention je vous rassure, je n'ai pas touché l'aiguille !Mais je l'ai toujours. Je la garde pour l'échanger dans le distributeur. En fait, la machine récupère les seringues usagées, et restitue un jeton. Qui permet d'acquérir une nouvelle seringue. Enfin, théoriquement, justement j'aimerais voir si ça marche. Je garde donc cette seringue précieusement pour pouvoir y retourner. Pas évident, il y a un peu de passage et bizarrement c'est étrange de le faire. Oui il y a le regard des autres si des gens passent. Mais il y a aussi l'impression de vivre le quotidien de ceux qui n'en veulent plus mais qui n'ont pas le choix (ou ceux qui le veulent...).

Mais bon je vais le faire. Et en faire un reportage et aussi rencontrer les travailleurs du cèdre bleu sans doute. Et essayer de rencontrer des gens. De trouver des chiffres sur Lille. Enquête peut etre si je trouve des choses intéressantes.

Mais pendant ce temps, la seringue attend sagement dans son verre. Elle représente  un morceau de vie de quelqu'un c'est étrange et il y a ce sang. SI je me prenais pour les experts ou un truc dans ce genre, je pourrais savoir qui. Pas pourquoi mais qui. Et moi qui croyais ne jamais rien trouver. Qui me disait que ce distributeur ne servait pour personne...

 

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15/07/2007

Chez Momo

Momo dans sa voiture. Qui file a deux cent à l'heure dans une poubelle a quatre roues. genre une fuego. Il fonce jusqu'en Espagne et passe la mer en surf sur le toit. Ces gosses, ces cinq fils, beaux, ùmétis et super sages comme il dit, sont dans le coffre. Son ex femme sous le bras, il laisse le volant à sa fille. Momo, c'est un super héros marocain. Même s'il boite, même s'il penche genre tour de Pise sur le retour. Et quand Momo parle des élections, il mate le fond de son verre. Il a voté ségolène... mais bon...Et en regardant à travers la crasse de sa vitrine il dit que les français auront autant de mal à vivre que les étrangers avec l'autre là, qu'il ne cite même pas. Momo, il est né en France mais d'origine marocaine, moi je suis né à Grande synthe, et d'origine d'ici ou de chez pas où. Même s'il a cru que j'étais de l'Est. La blondeur et la blancheur sans doute. Mais Momo, toi t'as la peau déjà tannée. Moi je sors je crame. T'en as de la chance. Quoi que.
Quand y a un client qui rentre il parle en arabe. Et moi comment je vax faire quand je serais toute seule derrière le comptoir ? J'aimerais bien donner aux gens la même chaleur que ta langue leur procure. Pas de leur pays, mais de leur foyer. Pareil. Moi avec ma langue de blanc-bec je me sens con.

Momo il encaisse plusieurs litres de bière, de whisky et de ricard. Toute la journée. Il a juste un peu de mal à penser quand il est sous bibine. Juste plus lent mais pas vraiment imbibé. Dingue. Une barrique marocaine.

"t'as rien à faire ici". Elle sert les dents et recommence, par en dessous."franchement cherche du boulot ailleurs, à l'Irlandais, ils embauchent". Ses cheveux noirs et son regard quasi charbonneux inspirent au respect. C'est la grande soeur. Son fraternel lui tire la joue. Elle déteste ça. Il se marre. Elle reprend "nan mais franchement, reste pas dans un bar d'arabes. Je sais par expérience. Maintenant je suis patronne. Je suis passée par là. Je sais" Oui mais madame je suis là en connaissance de cause. je viens d'où ? Journalisme. Là elle comprend. Et me lance des regards dubitatif puis amusés. Pourtant, elle ne voudra pas m'expliquer ses craintes. Son frere, lui, est dans le batiment. "Mais j'adore ça. C'est très beau le batiment". C'est moi qui devient dubitative. Il réplique que le béton, c'est sûr, c'est laid. Mais après les finitions et tout. C'est magnifique.

Journalisme ça en fait rêver plus d'un. Tu peux partir dans des pays loins qu'ils disent les accoudés au comptoir. Faut sacrifier sa vie des fois, qu'ils ajoutent. Tiens faudrait que j'en touche un mot aux localiers. Sûr qu'un des leur, mort écrasé sous un tracteur en plein devoir, ça rendrait le métier plus mythique.

"Bah en étant ici, tu peux faire un documentaire". Merde, démasquée. "Et t'aurais la palme d'or. Un truc sur les cons et les biens de Fives". Hilare qu'il est, il allonge sa troisième bière, ou quatrième. Allez savoir. Il vit tout seul dans son F4. Sa femme est à Steenvorde avec sa fille et le ventre plein du gamin qu'il attend comme il dit. Même si c'est pas lui qui le porte. Il dit qu'elle va revenir sous peu. Moi, je penche pour le divorcé qui ne veut pas s'y résoudre.

"J'suis un marrant moi, j'adore rire, faut rire, j'suis un marrant". La chemise ouverte sur pas grand chose sinon ses côtes, il déblatère qu'il est drôle puis revient dans des trucs concrets. Mi halluciné mi éclairé. Lui et son amis sont dans le batiment. Ils vivent dans un bungalow. Ont tous les deux des tatouages noirs un peu vieillots. Il dit que si je le regarde encore il se marie. Puis éclate de rire. Répète qu'il déconne. Il dit qu'il trafique. Bizarrement, je le crois.

Momo m'achète une bague, que je refuse. 7euros. Puis 7euros pour 2. Puis trois à 7. La vendeuse est petite, rousse. Parle d'une roubaisienne qu'il l'aurait tannée. Elle dit que les marocains de tourcoing, de roubaix et de Lille, y a que le fric qu'ils aiment. Elle parle de la roubaisienne, mariée à un kabyle qui pleure. Momo soupire "ahhhh les kabyles". Elle ne le dit pas. Mais elle l'esquisse. Elle est battue. Reste qu'elle dit qu'il n'y a pas que le fric qui compte dans la vie. Descend son verre et dit qu'elle fait son affaire de l'alcool. Elle file.

Les potes de momo sont marrants. Ils hurlent autour de la table de jeu quand il perdent aux cartes. Hurlent en arabe. J'ai toujours rien compris. J'apprends doucement. Ou du moins j'écoute. Donc, ces potes. Y en a un qui est docteur. D'ailleurs ils l'appellent comme ça : docteur. Moi j'ai oublié son prénom. En fait il est vétérinaire. Y en a un qui est beau.Il est vieux mais beau. On devine qu'il devait l'être encore plus quand il avait moins de cheveux gris. Y en a un qui ne parle pas beaucoup. Bois que des verres affichant 0% d'alcool. Il me sourit parfois. Comme pour me rassurer. Plusieurs d'autres vont et viennent. Mais tous parlent de la France "whala la françe". Disent que la TVA solidaire c'est du n'importe quoi et que ça va tuer le commerce. "Whala une veste 25 euros elle va faire 30 maintenant". "Whala la bière...pfuut" qu'ils disent en s'énervant toujours autour du poker.
Des amis à moi sont venus dans le bar : "tu rentres, c'est le bled, tu sors, c'est Lille". C'est sûr qu'entendre des aînés marocains hurlant des mots inconnus autour du tapis vert et éclatant de rires ensuite, ça donne pas mal de couleurs au ciel nordiste. Ils veulent me payer le voyage dans leur patrie mais ne comprennent pas que j'y suis déjà.

Et puis y a Odette. Un nom de vieille sur une pelote de nerfs. Elle est fine comme une épingle, les cheveux décolorés, les dents de travers mais le sourire toujours au bout des lèvres. "Elle est gentille" répète Mohammed. Ca c'est sûr. Parce qu'en arrivant elle prend un seau nettoie, me dépose les cendriers sur le bar alors que c'est mon boulot. Puis se pose bois un bibi (entendez baby), un deuxième puis d'autres. Elle me parle de son manteau qu'on lui a volé la veille de la fête des méres. "J'n'en aurais brais" qu'elle couine les yeux au loin. Elle se lève, se parle comme à elle même, sors puis rentre. Esquisse son menu de fête des pères. Parle de ses petits enfants et de ses gosses. "Le coup du roi, un garçon, une fille". 25 et 20 ans. Elle peste contre sa famille, celle qui lui reste. Elle a perdu sa mère, son beau frère. Dis que serveuse c'est un métier bien plus dur que ce que l'on croit. Un habitué entre. "Vient là amour de ma vie". Tout le comptoir se bidonne. "Vous êtes tous mes amours, mais ce soir. Lui c'est plus". Elle me sourit tout le temps, rit en me poussant du coude. Momo me dit qu'elle a souffert, en a vu des vertes et des pas mûres. Odette fait partie de ceux qui trinquent plus que les autres parce qu'ils donnent plus que tous. Allez savoir pourquoi ce système merde à ce point. Sûre qu'elle ne s'est jamais posé la question. Odette sourit toujours et promet de revenir le lendemain soir. Elle met son manteau embrasse tout le monde et sort en souriant encore.

hueaouehruzgerg sans papiers hzeuogfuriuzgt. Je comprends que le milieu. Sans papiers. Le reste prononcé en arabe explique à l'assemblée qu'une occupation a mal tourné. La Voix du Nord est ouverte sur la table, les doigts y défilent. J'arrive à la lire ensuite. Horrible. Je commente à voix haute et on aquiesce. Un jeune homme dira même que la voix du nord est un journal de droite. Remarquez, j'ai du mal à lui donner tord. Ecrire en photo légende : " la rocade a du être fermée, les rotations de taxis ne se faisaient plus ce qui a entraîné l'exaspération de voyageurs arrivant à Lille Europe", je comprends que remplir de la légende sur 3 lignes c'est dur quand on a rien à dire. Mais là. Mais là... MAIS LA!!!! Le vide est moins compromettant. 58 mecs sont sans doute entre le charter et l'amende. Et on pense à ces pauuuuuuvres homms d'affaires qui permettent à la France de vivre une ère glorieuse du libéralisme renaissant. Je doute en plus que le journaliste se soit déplacé jusqu'à la gare Lille europe pour entendre les pauvres voyageurs aux attachés cases rageurs et excédés. Je sais qu'on me taxera de trostquo-anarquo je sais plus quoi. Mais bref. J'ai tendance à me prendre d'amitié pour les causes paumées d'avance. Même les bobos altermondialistes me semblent sympa et presque pas pathétiques. Vous comprendrez alors que ce bar d'âmes damnées maghrébines et autres, même si des fois j'en chie, c'est un coin de paradis gauchiste. Où même un tract UMP peu trainer sur la table que ça ne m'émeut pas tant que ça.

 
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