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16/12/2008

Objectivité, vous avez dit objectivité ?

Puisqu'on vous dit que ça n'existe pas. Ne vous fatiguez pas. Mais on y tend, on essaye de la toucher du doigt cette satanée valeur du journaliste qui se respecte. Sans relâche on y aspire. Mais on fait fausse route, puisque déjà on choisit les mauvais outils.

A Gravelines, dans le Nord, il n'y a pas que la centrale qui irradie la côte. La presse s'empare de la ville et envoie ses journalistes dès que ça chauffe au conseil municipal ou sur le terrain de basket. Mais pas de journalistes pour le reste de l'info. Les correspondants s'occupent de la menue info. Dans les journaux, on a l'habitude de la manoeuvre « bon, on va devoir malheureusement vous envoyer sur les sujets de nos correspondants, c'est chiant, mais elle peut pas être là donc....à vous de vous en occuper » m'a-t-on soufflé à Béthune. Un sujet de kermesse d'école qu'on nous colle dans les bras sans grande passion. les correspondants mangent les « petits » sujets à toutes les sauces et à tous les repas. Pas le choix, ils sont payés pour ça. enfin.... « Payés » dirons-nous. Ils reçoivent quelques noisettes et remplissent pourtant la moitié d'un journal. Parfois bien plus dans les hebdos. Si mes souvenirs sont bons et si les témoignages de quelques correspondants sont fiables, l'article est rémunéré une dizaine d'euros. Parfois plus, quand il est accompagné d'une photo.


Dans la plupart des agences de la Voix, les correspondants manquent et on utilise jusqu'à la moelle ceux qu'on a sous la main. Au Phare Dunkerquois, il y a quelques années, on faisait croire à de jeunes pousses que le statut s'assimilait à celui d'un journaliste. Juste pour que les étudiants restent fidèles au journal et grattent bien plus.


« A Villeneuve d'Ascq, dès qu'on a un poste à la mairie, on ne peut plus devenir correspondant » m'expliquait une jeune correspondante. A Gravelines, les correspondants de la Voix du Nord et du Phare Dunkerquois ne s'embarrassent pas de telles considérations. Le correspondant du Phare Dunkerquois est élu à la mairie de Grand-fort, de l'autre côté du chenal et les deux correspondants de la Voix sont respectivement à la communication de la ville et vice président de l'union commerciale de la Ville. En plus de se faire des fins de mois plus que confortables en plus de leur statut enviable, les correspondants bien aises ne seraient-ils pas plus sympas de laisser ces places à des journalistes en devenir avides de s'essayer aux techniques de l'écriture ?


Et quand on oublie l'objectivité forcément passée à la trappe avec de telles mains mises sur la ville où l'on intervient, forcément tout est faussé. Si les journalistes sont des "professionnels" de l'écriture payés à ne faire que ça, forcément c'est bien plus facile de se rendre indépendant, mais quand on met dans les mains des notables implantés au plus profond d'une ville, les clés de l'information... ça dérape.

21/11/2008

Les petits soldats de La Voix du Nord

La ligne éditoriale du quotidien nordiste ? Précarité et faits divers ! Une journaliste fraîchement remerciée nous plonge dans les coulisses de cette presse peu recommandable... (article paru dans LA BRIQUE, journal d'infos et d'enquêtes de Lille et d'ailleurs)


« Nous ne prenons que les gens issus d'école de journalisme, vous commencez le 1er juillet à l'agence de Tourcoing » me signifie-t-on quand je décide de commencer l'aventure CDD. Dans cette agence, l'attaché de presse de la mairie appelle quotidiennement le chef d'agence : « Pouvez-vous passer telle photo, pour un concours à Tourcoing-plage ? ». Été oblige, les sujets se font rares, alors on engrange ce qu'on peut. Jusqu'à faire un papier sur les sites Internet des villes alentour. « Les gens veulent du pratique. Du pré-mâché », martèle le chef d'agence. Tourcoing a la plus mauvaise réputation parmi toutes les locales du journal. Ca se tire dans les pattes. Entre un journaliste syndiqué « trop zélé » et un chef d'agence qui refuse toute forme de libre pensée, la franche camaraderie n'est pas au menu.

Quand la chargée des ressources humaines (la « RH ») rappelle pour d'autres contrats, je refuse d'aller à l'agence de Calais (1 h 30 de Lille). « En 18 mois, je n'ai jamais refusé un seul contrat  me soufflera une fille rencontrée à Béthune, « d'ailleurs, je n'ai jamais pris de vacances ». « Tu as refusé un contrat... et ils t'ont rappelé ? C'est rare », s'étonnait une autre précaire de Calais. Les ressources humaines en font presque un chantage : « Vous savez, nous recrutons à la fin de l'année et si vous refusez un contrat, c'est très mal vu. »
La précarité, c'est être balancé d'agence en agence, ne pas connaître l'endroit où l'on débarque, changer de poste de travail quand les titulaires en ont besoin, rouler parfois une heure avant d'arriver au boulot, et recevoir les sujets de reportage sur la route... Également, la phrase fétiche de la RH, « on vous appelle dès qu'on a quelque chose », n'est valable que si nous-mêmes harcelons leurs services toutes les semaines. On m'a déjà appelé le lundi matin pour un contrat commençant l'après midi...
Cachez-moi cette grève

Par la suite,  j'accepterai d'aller à Calais, de peur de rater d'autres opportunités. J'y suis restée deux semaines et trois jours, nous étions quatre précaires pour autant de titulaires. Un stagiaire (non rémunéré), un contrat de professionnalisation (payé moins  que le SMIC), et deux CDD (1).
Quand on arrive sur une nouvelle agence, on ne connaît pas le tissu de l'information sur place. Et les journalistes de l'agence retouchent l'angle choisi pour un papier. À Calais, j'ai couvert le blocage du port par les pêcheur, qui intéressait peu la rédaction. « Les calaisiens en ont rien à faire du blocage. Ce qu'ils veulent savoir, c'est ce qu'il provoque sur l'autoroute et le tunnel », souligne le chef d'agence. Alors on contrebalance le blocage du port par les dizaines de kilomètres de bouchons sur l'A16.
Il faut que je sois honnête. Le journaliste qui veut traiter tel ou tel point, peut. A priori. Les titulaires sont capables d'en faire à leur tête même si le blâme n'est pas loin. Ainsi, un journaliste de Tourcoing a reçu un blâme pour avoir refusé de couvrir l'ouverture d'un Mac Donald ! Mais quand un CDD débarque dans une agence, il suit les recommandations des titulaires.

A Calais, je débarque avec mes gros souliers de « socialo ». « Donnez moi tous vos sujets sur le social, ça me fait pas peur. » Et l'agence s'empresse de me fournir les sujets. Quand je me pointe à une réunion de la CGT cheminots, l'accueil est tiédasse. Mais je rassure les militants : « je suis de votre côté, je vous donnerai de la place dans le journal. » Le lendemain, sur la manif, on me remercie. « C'est rare les papiers sympas sur nous. Vraiment merci. »


Tête de gondole : du sang !


Je découvre les rouages d'une presse commerciale, où la concurrence explique des choix éditoriaux discutables. Deux quotidiens s'affrontent sur le bassin calaisien : La Voix et Nord Littoral (2). Ce dernier, pariant sur le fait divers, arrive à faire une page entière de son édition sur le calvaire d'un chat accroché à une poignée de porte (véridique). Selon La Voix, ce journal se vend bien mieux que le sien. Alors elle contre-attaque et balance également du fait divers dans les premières pages de son édition.

C'est la tête de locale qui fait office de page reine dans le journal (3). Elle met en lumière  l'événement de la veille. En réunion de rédaction du lundi, la liste des têtes de la semaine est décidée. Logiquement elle ne varie pas, sauf événement. Lors de mon CDD, je devais couvrir la manifestation du jeudi 22 mai, contre la réforme des retraites et les suppressions de professeurs. 1500 personnes ont défilé dans Calais. Chose assez rare, surtout parce que les manifs sont souvent délocalisées sur Lille. Un sujet qui mérite la tête donc. Sauf que la veille au soir, les faits divers amènent un autre sujet. Un père et son fils se sont crashés à 110 km/h sur un camion. Les photos que le journaliste ramène sont « bonnes ». On voit la tôle froissée et les pompiers qui désincarcèrent les corps. Le papier atterrit en tête et tacle la « grogne sociale ». Ultime entourloupe : le journaliste met en parallèle les bouchons provoqués par la grève des pêcheurs et l'accident...

Précaires sous surveillance

Deux mois plus tard, lorsque je recontacte la RH, elle me répond : « Votre fiche de notation est revenue de Calais et on ne vous a pas rappelé parce que c'était moyen. Orthographe moyen. Souci du détail moyen. Originalité moyen... Moyen quoi. Nous avons proposé les autres contrats aux meilleurs CDD. » À chaque agence, une feuille de notation. Une seule note défaillante et c'est la suspicion. Le matelot n'est pas bon. Virons-le du navire. Les deux agences qui ont posé problème pour mon recrutement ont été celles où mes convictions politiques ne collaient pas avec la ligne éditoriale.

Même si je garde un goût amer de mon passage, j'ai beaucoup appris sur les soucis de la presse en général : moyens techniques défaillants, précarisation des contrats, recrutement codifié... Presse qui au prix d'une concurrence souvent faussée, délaisse le terrain social pour les domaines consensuels et racoleurs. Et La Voix du Nord prépare une édition du lundi, « elle embauchera » dit-on. Mais on se trompe. Les CDD (déjà anciens) ont signé pour 12 mois pour faire tourner cette édition. Si elle ne marche pas, elle poussera à la rue une vingtaine de CDD qui ont trimé plus de deux ans de leur vie pour une publication « héritière de la résistance ».

(1) Au total, à La Voix, une trentaine de CDD végètent entre contrats mensuels, plus longs ou bien plus courts. Un CDD gagne 1783,91 € bruts par mois et quelques primes.
(2) Qui pourtant appartient également au groupe Voix du Nord
(3) Située après les pages région, elle est surmontée du nom de l'aire concernée.

15/10/2008

Lifting

En voilà une bannière qu'elle est belle.

Merci donc à mon frérot ! Rémi. Voici son site où les photos sont bien plus que belles !

Et pour ceux qui veulent savoir où j'en suis, je bosse dès lundi dans un dispositif social qui me permet de me faire exploiter pendant 3 mois tout en "développant" mes capacités afin d'être apte à intégrer l'entreprise l'année prochaine. Croisons les doigts camarade. Et laissons le poing fermé aux vestiaires (un peu faut pas déconner).

17:41 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouveau, beau, blog, stage, contrat, rémi, david

 
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