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16/07/2007

Un titre ?

J'aurais pu donner d'autres titres à cette note : 

-La toile a-t-elle des oreilles ?

-Ostracisme en milieu laborieux

-Petites conversations entre étages

-Ce qu'il Faut Dire et Taire

 

Bon bon j'arrête les privates jokes mais merci. Vraiment merci. Ca fait du bien de voir que certains journalistes oeuvrent pour la même chose. Ou les même choses. Ou une certaine vision des choses.

Reste que ça m'a reboosté tout ça !

Bretzel me voilà!

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photo datant de janvier 2006 (procès opposant C.Vanneste député ayant tenus des propos homophobes, originaire de Tourcoing aux associations AIDES, Flamands roses...)

 

 

 

 

 

Au bureau...

Je profite que l'info soit assez tranquille (comme souvent d'ailleurs) pour écrire, comme ça, en pleine après midi. Alors que, certes, j'ai un papier à écrire sur Tourcoing Plage et sur les projets économiques de la ville, mais j'ai comme une envie de buller.

Assise sur une chaise un poil bancale, je vois l'Eglise saint Christophe (l'intérieur du beffroi-où on place les cloches-est en train d'être refait, c'est chouette j'ai été le voir avec les huiles tourquennoises. Vertigineux!). Je suis au premier étage. En dessous, les secrétaires. Au dessus, le journaliste sportif, un journaliste qui s'occupe et de Tourcoing et de quelques villes autour. Encore au dessus, les commerciaux. Au même étage, il ya mon chef (bureau derrière une baie vitrée avec porte qui se ferme-presque tjs les bureaux des chefs ont la possibilité de se fermer-allez savoir), le journaliste des faits divers qui ne vient que l'après midi, et une autre CDD qui repart la semaine prochaine (CDD de trois semaines...).

 On a des vieilles bécanes. Entendez des vieux pcs. Qui tournent à deux à l'heure et qui ont quasiment pas d'espace disque. Il y a un vieux scanner qui doit faire du 2 pixels par metre carré. Les appareils photos sont moins vieux. Mais pas des plus maniables. Ce ne sont même pas de véritables bridges. Mais on fait avec. Il n'y a pas de lecteurs cds. Les pcs tournent sous 95 je suppose, ou une version semblable.

 Si je vous raconte tout ça, c'est pour donner une espéce de toile de fond du travail de journaliste. Pour donner une expliquation partielle de l'aspect parfois ignoble de nos photos (allez scanner un plan d'architecte avec un appareil vieux de....au moins tout ça). Ca explique pourquoi on galère à trouver de la petite info sur internet, pourquoi nos articles mettent plusieurs jours à sortir....

Aujourd'hui j'écris un article qui paraitra dans deux jours. Je travaille des papiers qui paraitront, eux, dans moins d'une semaine. Ou plus... C'est ce qu'on appelle du papier magazine. Mais soyons clair, la pagination rétrécit pendant l'été, il y a moins d'actu, plus de maronniers-papiers qui tombent cycliquement- (Tourcoing plage, centres aérés, chantiers d'été...) alors il faut improviser. Je ne dis pas qu'il n'y a pas mieux à faire. Mais une équipe de 4 journalistes (au mieux), qui doit remplir entre 5 et 7 pages par jour, c'est du boulot.

Abattre du feuillet et de l'instantanné aux dires de certains, c'est notre travail quotidien. Faux mais en même temps....vrai... On écrit des papiers pour des parutions ultérieures mais on ne les reprend pas dans ce laps de temps. On écrit et on passe à autre chose. Je n'arrive pas à blamer vraiment mon chef, ou moi,ou le journal. Je me demande parfois si beaucoup de gens le lisent vraiment. Ceux qui le font ont même parfois l'expression si chère à nos coeurs : "c'est de la merde". Bah oui, mais on feuillette...

Je pense que la faute vient sans doute d'une foule de thèmes : précarité du travail (deux CDD/4 ?!), d'un manque d'information sitôt arrivée sur la ville (je m'extasie devant des choses qui ne sont peut etre pas significatives pour les tourquennois...), la politique (élections, jeux des partis) plus importante que les galères quotidiennes, les clichés un peu trop présents (Roubaix=fumeurs de shit...). Il ne suffirait pas de supprimer la concentration des médias, de donner de bons salaires aux journalistes, de rendre indépendants les journaux. Il faut aussi savoir pour quoi les journalistes travaillent ils dans ce milieu. Mon chef m'a dit : "si tu es politique, t'as rien à faire dans le métier." C'était dit gentiment. Mais j'ai compris qu'avoir des amis communistes (et des affinités avec les idées pour tout dire) n'est pas un point positif pour ma carrière. 

Ils sont à gauche pourtant ici, enfin pas à droite du moins. Mais il y a une espèce de peur de l'opinion. Comme si l'objectivité avait rendu impossible toute idée qui sorte des clous. C'est dommage. Je pense que ça a permis l'espèce de dépolitisation que connaissent en ce moment les partis, les syndicats, les associations en général. Dans la presse locale sauf exception, il en existe bien sur, mais il n'y a que très peu de personnes qui ont leur carte dans un parti. Au nom de la sacro sainte objectivité.

Et j'avais en tête comme idée, comme ça de loin, que la gauche s'était dépolitisé, que le journaliste avait fait devenir sa plume tout rose pale. Et que l'autre versant du journaliste, lui plus bleu, avait gardé ses couleurs avec fierté. Alors peut etre que TF1 n'est pas à droite dans son entier mais que les centristes et autres mous du social ont laché l'affaire pour les plus radicaux de la droite.

Je pense que c'est l'enthousiasme du métier, l'illusion de faire de bons papiers, sur des choses vraies, qui n'existe plus. Je suis à deux doigts de tomber sur le même versant. Mais il faut refuser le "si ya rien tu reviens", "il pleut, y a personne, point." Forcément c'est du travail que de faire mieux, forcément ça vous tape sur les nerfs de bosser plus pour un journal où ceux d'à côté font du papier au kilomètre sur la fête du village ou le concours fleuri.

Je vous parlerai bientot des relations mairie-communication-journal. C'est assez instructif... Désolant mais instructif. Et compréhensible aussi...malheureusement.

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Photo prise pendant le CPE. La grand' place sous la mousse... 

 

15/07/2007

Chez Momo

Momo dans sa voiture. Qui file a deux cent à l'heure dans une poubelle a quatre roues. genre une fuego. Il fonce jusqu'en Espagne et passe la mer en surf sur le toit. Ces gosses, ces cinq fils, beaux, ùmétis et super sages comme il dit, sont dans le coffre. Son ex femme sous le bras, il laisse le volant à sa fille. Momo, c'est un super héros marocain. Même s'il boite, même s'il penche genre tour de Pise sur le retour. Et quand Momo parle des élections, il mate le fond de son verre. Il a voté ségolène... mais bon...Et en regardant à travers la crasse de sa vitrine il dit que les français auront autant de mal à vivre que les étrangers avec l'autre là, qu'il ne cite même pas. Momo, il est né en France mais d'origine marocaine, moi je suis né à Grande synthe, et d'origine d'ici ou de chez pas où. Même s'il a cru que j'étais de l'Est. La blondeur et la blancheur sans doute. Mais Momo, toi t'as la peau déjà tannée. Moi je sors je crame. T'en as de la chance. Quoi que.
Quand y a un client qui rentre il parle en arabe. Et moi comment je vax faire quand je serais toute seule derrière le comptoir ? J'aimerais bien donner aux gens la même chaleur que ta langue leur procure. Pas de leur pays, mais de leur foyer. Pareil. Moi avec ma langue de blanc-bec je me sens con.

Momo il encaisse plusieurs litres de bière, de whisky et de ricard. Toute la journée. Il a juste un peu de mal à penser quand il est sous bibine. Juste plus lent mais pas vraiment imbibé. Dingue. Une barrique marocaine.

"t'as rien à faire ici". Elle sert les dents et recommence, par en dessous."franchement cherche du boulot ailleurs, à l'Irlandais, ils embauchent". Ses cheveux noirs et son regard quasi charbonneux inspirent au respect. C'est la grande soeur. Son fraternel lui tire la joue. Elle déteste ça. Il se marre. Elle reprend "nan mais franchement, reste pas dans un bar d'arabes. Je sais par expérience. Maintenant je suis patronne. Je suis passée par là. Je sais" Oui mais madame je suis là en connaissance de cause. je viens d'où ? Journalisme. Là elle comprend. Et me lance des regards dubitatif puis amusés. Pourtant, elle ne voudra pas m'expliquer ses craintes. Son frere, lui, est dans le batiment. "Mais j'adore ça. C'est très beau le batiment". C'est moi qui devient dubitative. Il réplique que le béton, c'est sûr, c'est laid. Mais après les finitions et tout. C'est magnifique.

Journalisme ça en fait rêver plus d'un. Tu peux partir dans des pays loins qu'ils disent les accoudés au comptoir. Faut sacrifier sa vie des fois, qu'ils ajoutent. Tiens faudrait que j'en touche un mot aux localiers. Sûr qu'un des leur, mort écrasé sous un tracteur en plein devoir, ça rendrait le métier plus mythique.

"Bah en étant ici, tu peux faire un documentaire". Merde, démasquée. "Et t'aurais la palme d'or. Un truc sur les cons et les biens de Fives". Hilare qu'il est, il allonge sa troisième bière, ou quatrième. Allez savoir. Il vit tout seul dans son F4. Sa femme est à Steenvorde avec sa fille et le ventre plein du gamin qu'il attend comme il dit. Même si c'est pas lui qui le porte. Il dit qu'elle va revenir sous peu. Moi, je penche pour le divorcé qui ne veut pas s'y résoudre.

"J'suis un marrant moi, j'adore rire, faut rire, j'suis un marrant". La chemise ouverte sur pas grand chose sinon ses côtes, il déblatère qu'il est drôle puis revient dans des trucs concrets. Mi halluciné mi éclairé. Lui et son amis sont dans le batiment. Ils vivent dans un bungalow. Ont tous les deux des tatouages noirs un peu vieillots. Il dit que si je le regarde encore il se marie. Puis éclate de rire. Répète qu'il déconne. Il dit qu'il trafique. Bizarrement, je le crois.

Momo m'achète une bague, que je refuse. 7euros. Puis 7euros pour 2. Puis trois à 7. La vendeuse est petite, rousse. Parle d'une roubaisienne qu'il l'aurait tannée. Elle dit que les marocains de tourcoing, de roubaix et de Lille, y a que le fric qu'ils aiment. Elle parle de la roubaisienne, mariée à un kabyle qui pleure. Momo soupire "ahhhh les kabyles". Elle ne le dit pas. Mais elle l'esquisse. Elle est battue. Reste qu'elle dit qu'il n'y a pas que le fric qui compte dans la vie. Descend son verre et dit qu'elle fait son affaire de l'alcool. Elle file.

Les potes de momo sont marrants. Ils hurlent autour de la table de jeu quand il perdent aux cartes. Hurlent en arabe. J'ai toujours rien compris. J'apprends doucement. Ou du moins j'écoute. Donc, ces potes. Y en a un qui est docteur. D'ailleurs ils l'appellent comme ça : docteur. Moi j'ai oublié son prénom. En fait il est vétérinaire. Y en a un qui est beau.Il est vieux mais beau. On devine qu'il devait l'être encore plus quand il avait moins de cheveux gris. Y en a un qui ne parle pas beaucoup. Bois que des verres affichant 0% d'alcool. Il me sourit parfois. Comme pour me rassurer. Plusieurs d'autres vont et viennent. Mais tous parlent de la France "whala la françe". Disent que la TVA solidaire c'est du n'importe quoi et que ça va tuer le commerce. "Whala une veste 25 euros elle va faire 30 maintenant". "Whala la bière...pfuut" qu'ils disent en s'énervant toujours autour du poker.
Des amis à moi sont venus dans le bar : "tu rentres, c'est le bled, tu sors, c'est Lille". C'est sûr qu'entendre des aînés marocains hurlant des mots inconnus autour du tapis vert et éclatant de rires ensuite, ça donne pas mal de couleurs au ciel nordiste. Ils veulent me payer le voyage dans leur patrie mais ne comprennent pas que j'y suis déjà.

Et puis y a Odette. Un nom de vieille sur une pelote de nerfs. Elle est fine comme une épingle, les cheveux décolorés, les dents de travers mais le sourire toujours au bout des lèvres. "Elle est gentille" répète Mohammed. Ca c'est sûr. Parce qu'en arrivant elle prend un seau nettoie, me dépose les cendriers sur le bar alors que c'est mon boulot. Puis se pose bois un bibi (entendez baby), un deuxième puis d'autres. Elle me parle de son manteau qu'on lui a volé la veille de la fête des méres. "J'n'en aurais brais" qu'elle couine les yeux au loin. Elle se lève, se parle comme à elle même, sors puis rentre. Esquisse son menu de fête des pères. Parle de ses petits enfants et de ses gosses. "Le coup du roi, un garçon, une fille". 25 et 20 ans. Elle peste contre sa famille, celle qui lui reste. Elle a perdu sa mère, son beau frère. Dis que serveuse c'est un métier bien plus dur que ce que l'on croit. Un habitué entre. "Vient là amour de ma vie". Tout le comptoir se bidonne. "Vous êtes tous mes amours, mais ce soir. Lui c'est plus". Elle me sourit tout le temps, rit en me poussant du coude. Momo me dit qu'elle a souffert, en a vu des vertes et des pas mûres. Odette fait partie de ceux qui trinquent plus que les autres parce qu'ils donnent plus que tous. Allez savoir pourquoi ce système merde à ce point. Sûre qu'elle ne s'est jamais posé la question. Odette sourit toujours et promet de revenir le lendemain soir. Elle met son manteau embrasse tout le monde et sort en souriant encore.

hueaouehruzgerg sans papiers hzeuogfuriuzgt. Je comprends que le milieu. Sans papiers. Le reste prononcé en arabe explique à l'assemblée qu'une occupation a mal tourné. La Voix du Nord est ouverte sur la table, les doigts y défilent. J'arrive à la lire ensuite. Horrible. Je commente à voix haute et on aquiesce. Un jeune homme dira même que la voix du nord est un journal de droite. Remarquez, j'ai du mal à lui donner tord. Ecrire en photo légende : " la rocade a du être fermée, les rotations de taxis ne se faisaient plus ce qui a entraîné l'exaspération de voyageurs arrivant à Lille Europe", je comprends que remplir de la légende sur 3 lignes c'est dur quand on a rien à dire. Mais là. Mais là... MAIS LA!!!! Le vide est moins compromettant. 58 mecs sont sans doute entre le charter et l'amende. Et on pense à ces pauuuuuuvres homms d'affaires qui permettent à la France de vivre une ère glorieuse du libéralisme renaissant. Je doute en plus que le journaliste se soit déplacé jusqu'à la gare Lille europe pour entendre les pauvres voyageurs aux attachés cases rageurs et excédés. Je sais qu'on me taxera de trostquo-anarquo je sais plus quoi. Mais bref. J'ai tendance à me prendre d'amitié pour les causes paumées d'avance. Même les bobos altermondialistes me semblent sympa et presque pas pathétiques. Vous comprendrez alors que ce bar d'âmes damnées maghrébines et autres, même si des fois j'en chie, c'est un coin de paradis gauchiste. Où même un tract UMP peu trainer sur la table que ça ne m'émeut pas tant que ça.

 
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