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23/12/2009

No comment

Pendant le pot de fin d'année

Martine : -Ca fait bizarre de ne pas savoir. J'ai été quand même 15 ans dans la même entreprise.
-Tu faisais quoi ?
Martine : -J'étais dans l'imitation de fourrure. J'aimais bien. On faisait de tout. Echantillonage, encartonnage, visite et tout. Avant j'étais bobineuse. On bossait près de la Lys. On avait un peu peur des rats qui pouvait remonter dans la benne. On se plaint ici mais dans cette entreprise-là, c'était encore pire. Ca hurlait de partout. Et on se faisait insulter tout le temps.
-C'était quoi bobineuse ?
Martine : -On avait de grosses bobines de fil à dérouler et on devait les mettre sur de plus petits cônes qui passaient ensuite à la teinture.
-Tu as été licenciée ?
Martine : -L'entreprise a fermé. Et le truc de fourrure a licencié. Et encore depuis. On a été les premières a être licencié parce qu'on avait râlé. Le chef nous appelait "pétasse" et quand on tirait les chariots, il disait "allez, allez". Comme si on était un troupeau de vache. Il aurait eu un bâton c'était pareil.
Nathalie : -Ou la cloche. 
Elles rient
Martine : -Ca a été jusqu'à l'inspecteur du travail. On ne voulait plus de cet homme. Il était odieux et détestait les femmes. Tu sais, ça fait bizarre, avoir travaillé 15 ans dans la même boîte et devoir s'adapter à une nouvelle usine. D'où on va encore partir. Devoir connaître de nouvelles personnes, faire de nouveaux trucs. Quand je me suis fait licenciée ça m'a fait... "ppfouuuh" (elle fait mine de s'écrouler). Je travaille depuis que j'ai 16 ans et...bah c'est dur.
-Tu as quel âge ? 
Martine : J'ai 50 ans. Et encore quelques années avant la retraite.
Nathalie : -Moi depuis que j'ai 14 ans. Et pareil ça fait drôle de se retrouver au chômage. De devoir bouger, changer. En plus je travaillais de 14 à 21 ans chez mes parents, donc pas déclarée.
Martine : -Pas déclarée ? Tu vas faire comment pour cotiser ? 
Nathalie : On verra bien...Je vais voir pour faire des démarches. Sinon j'ai bossé dans les cartonnages. Et là c'est horrible. Les mains en sang. Et on se faisait insulter à tour de bras. La conductrice de machine augmentait le rythme et nous disait "bah alors on traîne ?". Tu aurais vu l'état de mes mains... En fait, on devait adapter les cartons aux boîtes. On devait couper le carton ondulé, le poser et en les tenant, ça coupait les mains. Si tu demandais à mon mari l'état de mes mains. Horrible. Horrible. Je suis restée 8 mois.
Martine : -J'ai fait Lamylutti, les chocolats, et les champignons de la Gontière...
-C'était comment les champignons ? Accroupis ? Non, à hauteur d'homme sur des tapis ?
Martine : Oui et aussi en hauteur, on grimpait en hauteur pour attraper les champignons sur les plateaux. C'était très fatigant. On avait pas d'horaires. On pouvait commencer à 5H le matin et finir à 7H le soir. Avec une pause de 15 minutes. Il fallait faire le rendement. C'était au rendement. En période de fêtes c'était pire. Au bout de deux mois, j'ai été voir la contredame et je lui ai donné mon seau et mon crochet. C'était notre matériel. Elle m'a dit "Ah bon tu t'en vas ?", je lui ai dit "oui, je vous rend tous ça. Je m'en vais. Je n'en peux plus."

12/12/2009

Sens

Moi, assise par terre au milieu de nos casiers dans les vestiaires : Et merde. Le job a été donné à quelqu'un d'autre.
Elle, en manteau, prête à partir : tu en trouveras un autre tu sais
Moi : Ouais je sais. Ce qui me file le plus le bourdon, c'est de savoir que je vais rester ici
Elle : A faire des masques ?
Moi : Ouais. C'est surtout ça.

Moi, dans ma tête : ma fille t'es en train de dire que tu craches sur le boulot qu'elle fait. Et pour lequel elle n'a pas d'autre choix de vie.
Elle, ne se démonte pas. Finalement, rien ne transparait. Ni amertume, ni même choc, rien. Ah si...le fatalisme.

Moi, sur ma chaise en train de trier les masques : C'est quoi l'Aïd ?
Lui, en train de contrôler les masques : Bah c'est quand le prophète a prouvé à Dieu qu'il croyait en lui en sacrifiant son fils. Mais au dernier moment Dieu l'a remplacé par un mouton.
Moi : donc vous mangez du mouton pour ça ?

Moi, dans ma tête : merde, merde et merde, t'as dit "vous", genre "vous" nia niania je te montre du doigt. Il va peut être le prendre mal.
Lui : Oui mais plutôt de l'agneau, le mouton c'est trop fort.

 

Ya le bobo bien pensant qui pèsera ses mots quinze mille fois, ya le besson de droite qui vomira sa haine en ne pensant rien. Et ya le mec au bas de l'échelle qui finalement écoute tout ça et qui ne trouve que ça n'a aucun sens, véritablement. Sans doute la violence ordinaire. L'habitude de s'arc-bouter pour ne pas sombrer et de trouver normal qu'on lui dise qu'il a raté sa vie. La petite Brigitte ne m'a t'elle pas dit "j'aurais du bosser à l'école c'est de ma faute" et de te déclarer ça droit dans les yeux comme si, bah oui, c'est comme ça, l'échelle sociale, leur échelle sociale, c'est pour les autres.

Il leur restera toujours leurs gamins, leurs maris, leurs femmes. Certains rêvent de matériel, eux, ils, elles se rendent riches d'humains.

 
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