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20/01/2009

Demain, c'est loin...

Interlude
Entre un papier pour l'Huma, la création d'un canard, d'une partie de footsal, de super sites sur des cours d'anglais, des chariots élévateurs....

Ecoutez ça : Demain, c'est loin, IAM (Album : L'école du micro d'argent)

C'est Long. Super long (9'). Mais super.

A défaut, si vous n'avez que 3:43', vous pouvez écouter ceci.

 

Voilà ce que dit Demain, c'est loin (source) :

L'encre coule, le sang se répand
la feuille buvard
Absorbe l'émotion, sac d'image dans ma mémoire
Je parle de ce que mes proches vivent et de ce que je vois
Des mecs coulés par le désespoir qui partent à la dérive

Des mecs qui pour 20.000 de shit se déchirent
Je parle du quotidien, écoute bien mes phrases font pas rire
Rire, sourire, certains l'ont perdu je pense à Momo
Qui m'a dit à plus jamais, je ne l'ai revu

Tenter le diable pour sortir de la galère, t'as gagné frère
Mais c'est toujours la misère pour ce qui pousse derrière
Pousse pousser au milieu d'un champs de béton
Grandir dans un parking et voir les grands faire rentrer les ronds

La pauvreté, ça fait gamberger en deux temps trois mouvements
On coupe, on compresse, on découpe, on emballe, on vend
A tour de bras, on fait rentrer l'argent du crack
Ouais, c'est ça la vie, et parle pas de rmi ici ici ici

Ici, le rêve des jeunes c'est la Golf gti, survet' Tachini
Tomber les femmes à l'aise comme many
Sur Scarface, je suis comme tout le monde je délire bien
Dieu merci, j'ai grandis, je suis plus malin, lui il crève à la fin

La fin, la faim, la faim justifie les moyens, 4, 5 coups malsains
Et on tient jusqu'à demain, après on verra bien
On marche dans l'ombre du malin du soir au matin
Tapis dans un coin, couteau à la main, bandit de grand chemin

Chemin, chemin, y'en a pas deux pour être un dieu
Frapper comme une enclume, pas tomber les yeux, l'envieux en veut
Une route pour y entrer deux pour s'en sortir, 3/4 cuir
Réussir, s'évanouir, devenir un souvenir

Souvenir être si jeune, avoir plein le répertoire
Des gars rayés de la carte qu'on efface comme un tableau tchpaou!
c'est le noir
Croire en qui, en quoi, les mecs sont tous des mirroirs
Vont dans le même sens, veulent s'en mettre plein les tirroirs

Tirroir, on y passe notre vie, on y finit avant de connaître l'enfer
Sur terre, on construit son paradis
Fiction, désillusion trop forte, sors le chichon
La réalité tape trop dure, besoin d'évasion

Evasion, évasion, effort d'imagination, ici tout est gris
Les murs, les esprits, les rats la nuit
On veut s'échapper de la prison, une aiguille passe, on passe à l'action
Fausse diversion, un jour tu pètes les plombs

Les plombs, certains chanceux en ont dans la cervelle
D'autres se les envoient pour une poignée de biftons, guerre fraternelle
Les armes poussent comme la mauvaise herbe
L'image du gangster se propage comme la gangrène sème ses graines

Graines, graines, graine de délinquant qu'espérez-vous? Tous jeunes
On leur apprend que rien ne fait un homme à part les francs
Au franc tireur discret au groupe organisé, la racine devient champs
Trop grand, impossible a arrêté

Arrêté, poisseux au départ, chanceux à la sortie
On prend trois mois, le bruit court, la réputation grandit
Les barreaux font plus peur, c'est la routine, vulgaire épine
Fine esquisse à l'encre de Chine, figurine qui parfois s'anime

S'anime, anime animé d'une furieuse envie de monnaie
Le noir tombe, qu'importe le temps qu'il fait, on jette les dés, faut flamber
Perdre et gagner, rentrer avec quelques papiers en plus
Ca aidera, personne demandera d'où ils sont tombés

Tomber ou pas, pour tout, pour rien on prend le risque, pas grave cousin
De toute façon dans les deux cas, on s'en sort bien
Vivre comme un chien ou un prince, y'a pas photo
On fait un choix, fait griller le gigot, brillent les joyaux

Joyaux, un rêve, plein les poches mais la cible est loin, la flèche
Ricoche, le diable rajoute une encoche trop moche les mecs cochent
Leur propre case, décoche pour du cash, j'entends les cloches,
les coups de pioche
Creuser un trou, c'est trop fastoche

Fastoche, facile le blouson du bourgeois docile des mêmes la hantise
Et porcelaine dans le pare-brise
Tchac! le rasoir sur le sac à main, par ici les talbins
Ca c'est toute la journée, lendemain, après lendemain

Lendemain? C'est pas le problème, on vit au jour le jour
On n'a pas le temps ou on perd de l'argent, les autres le prennent
Demain, c'est loin, on n'est pas pressé, au fur et à mesure
On avance en surveillant nos fesses pour parler au futur

Futur, le futur ne changera pas grand-chose, les générations prochaines
Seront pires que nous, leur vie sera plus morose
Notre avenir, c'est la minute d'après le but, anticiper
Prévenir avant de se faire clouer

Clouer, clouer sur un banc rien d'autre à faire, on boit de la bière
On siffle les gazières qui n'ont pas de frère
Les murs nous tiennent comme du papier tue-mouches
On est là, jamais on s'en sortira, Satan nous tient avec sa fourche

Fourche, enfourcher les risques seconde après seconde
Chaque occasion est une pierre de plus ajoutée à nos frondes
Contre leurs lasers, certains désespèrent, beaucoup touchent terre
Les obstinés refusent le combat suicidaire

Cidaire, sidérés, les dieux regardent, l'humain se diriger vers le mauvais
Côté de l'éternité d'un pas décidé
Préfèreront rôder en bas en haut, on va s'emmerder
Y'a qu'ici que les anges vendent la fumée

Fumée, encore une bouffée, le voile est tombé
La tête sur l'oreiller, la merde un instant estompée
Par la fenêtre, un cri fait son entrée, un homme se fait braquer
Un enfant se fait serrer, pour une Cartier menotté

Menotté, pieds et poings liés par la fatalité
Prisonnier du donjon, le destin est le geôlier
Le teurf l'arène on a grandi avec les jeux
Gladiateur courageux, mais la vie est coriace, on lutte comme on peut

Dans les constructions élevées
Incompréhension, bandes de gosses soi-disant mal élevés
Frictions, excitation, patrouilles de civils
Trouille inutile, légendes et mythes débiles

Haschich au kilo, poètes armés de stylo
Réserves de créativité, hangars, silos
Ca file au bloc 20, pack de Heineken dans les mains
Oublier en tirant sur un gros joint

Princesses d'Afrique, fille mère, plastique
Plein de colle, raclo à la masse lunatique
Economie parallèle, équipe dure comme un roc
Petits Don qui contrôlent grave leurs spots

On pète la Veuve Cliquot, parqués comme à Mexico
Horizons cimentés, pickpockets, toxicos
Personnes honnêtes ignorées, superflics, Zorros
Politiciens et journalistes en visite au zoo

Musulmans respectueux, pères de famille humbles
Baffles qui blastent la musique de la jungle
Entrées dévastées, carcasses de tires éclatées
Nuée de gosses qui viennent gratter

Lumières oranges qui s'allument, cheminées qui fument
Parties de foot improvisées sur le bitume
Golf, VR6, pneus qui crissent
Silence brisé par les sirènes de police

Polos Façonnable, survêtements minables
Mères aux traits de caractère admirables
Chichon bidon, histoires de prison
Stupides divisions, amas de tisons

Clichés d'Orient, cuisine au piment
Jolis noms d'arbres pour des bâtiments dans la forêt de ciment
Désert du midi, soleil écrasant
Vie la nuit, pendant le mois de Rhamadhan

Pas de distractions, se créer un peu d'action
Jeu de dés, de contrée, paris d'argent, méchante attraction
Rires ininterrompus, arrestations impromptues
Maires d'arrondissement corrompus

Marcher sur les seringues usagées, rêver de voyager
Autoradios en affaire, lot de chaînes arrachées
Bougre sans retour, psychopathe sans pitié
Meilleurs liens d'amitié qu'un type puisse trouver

Génies du sport faisant leurs classes sur les terrains vagues
Nouvelles blagues, terribles techniques de drague
Individualités qui craquent parce que stressées
Personne ne bouge, personne ne sera blessé

Vapeur d'éther, d'eau écarlate, d'alcool
Fourgon de la Brink's maté comme le pactole
C'est pas drôle, le chien mord enfermé dans la cage
Bave de rage, les barreaux grimpent au deuxième étage

Dealer du hashich, c'est sage si tu veux sortir la femme
Si tu plonges, la ferme, pas drame
Mais l'école est pas loin, les ennuis non plus
Ca commence par des tapes au cul, ça finit par des gardes à vues

Regarde la rue, ce qui change? Y'a que les saisons
Tu baves du béton, crache du béton, chie du béton
Te bas pour du laiton, est-ce que ça rapporte
Regrette pas les biftons quand la bac frappe à la porte

Trois couleurs sur les affiches nous traitent comme des bordilles
C'est pas Manille ok, mais les cigarettes se torpillent
Coupable innocent, ça parle cash, de pour cent
Oeil pour oeil, bouche pour dent, c'est stressant

Très tôt, c'est déjà la famille dehors, la bande à Kader
Va niquer ta mère, la merde au cul, ils parlent déjà de travers
Pas facile de parler d'amour, travail à l'usine
Les belles gazelles se brisent l'échine dans les cuisines

Les élus ressassent rénovation ça rassure
Mais c'est toujours la même merde, derrière la dernière couche
De peinture, feu les rêves gisent enterrés dans la cour
A douze ans conduire, mourir, finir comme Tupac Shakur

Mater les photos, majeur aujourd'hui, poto
Pas mal d'amis se sont déjà tués en moto
Une fois tu gagnes, mille fois tu perds, le futur c'est un loto
Pour ce, je dédie mes textes en qualité d'ex-voto, mec

Ici t'es jugé à la réputation forte
Manque-toi et tous les jours les bougres pissent sur ta porte
C'est le tarif minimum et gaffe
Ceux qui pèsent transforment le secteur en oppidum

Gelé, l'ambiance s'électrise, y'a plein de places assises
Béton figé fait office de froide banquise
Les gosses veulent sortir, les "non" tombent comme des massues
Les artistes de mon cul, pompent les subventions dsu

Tant d'énergie perdue pour des préjugés indus
Les décideurs financiers plein de merde dans la vue
En attendant, les espoirs foirent, capotent, certains rappent
Les pierres partent, les caisses volées dérapent

C'est le bordel au lycée, dans les couloirs on ouvre les extincteurs
Le quartier devient le terrain de chasse des inspecteurs
Le dos a un oeil car les eaux sont truffées d'éceuils
Receuille le blé, on joue aux dés dans un sombre cerceuil

C'est trop, les potos chient sur le profil Roméo
Un tchoc de popo, faire les fils et un bon rodéo
La vie est dure, si on veut du rêve
Ils mettent du pneu dans le shit et te vendent ça Ramsellef

Tu me diras "ça va, c'est pas trop"
Mais pour du tcherno, un hamidou quand on a rien, c'est chaud
Je sais de quoi je parle, moi, le bâtard
J'ai dû fêter mes vingt ans avec trois bouteilles de Valstar

Le spot bout ce soir qui est le King
D'entrée, les murs sont réservés comme des places de parking
Mais qui peut comprendre la mène pleine
Qu'un type à bout frappe sec poussé par la haine

Et qu'on ne naît pas programmé pour faire un foin
Je pense pas à demain, parce que demain c'est loin

08/01/2009

Les chiens de garde de la Voix du Nord

Un petit article de La Brique (signé-surtout-S.G et-un peu-G.D). Et bien sûr, une autre référence à un journaliste que j'estime énormément. Allez jeter un coup d'oeil au dessin. Joli. Joli.

 

 

Les chiens de garde de la Voix du Nord

 

Dans « Les petits soldats de La Voix du Nord » [1]], une salariée évincée de la rédaction du quotidien témoignait après un an de CDD. Ses attaques sur la primauté du fait divers et les conditions de travail ont suscité de vives réactions, souvent lamentables, de la part de chefs d’agence comme de journalistes.

Le 24 novembre, coup de téléphone. « Gaëlle David ? Pascal Martinache de l’agence de Calais. Vous vous souvenez  ? ». Il prévient d’emblée : « Nous aurions dû être bien plus méchants sur votre note de CDD, nous avons été gentils. » La notation de l’agence l’a pourtant empêchée de renouveler son contrat... Puis il déblatère sans lui laisser une seconde de répit. Dans son papier [2], Gaëlle racontait par exemple comment une manifestation calaisienne avait laissé place à un accident de la route en Une du canard, photo malsaine à l’appui. À quoi Martinache rétorque  : « Si pour vous un papier sur un accident d’un enfant et de son père n’est pas important, c’est que vous ne comprenez rien au journalisme, vous ne serez jamais journaliste ». Un vrai journaliste préfère le racolage morbide aux mobilisations sociales, c’est bien connu !

Les chefs d’agences voient rouge

Sur la dernière grève des pêcheurs, l’agence lui demandait de mettre l’accent sur les problèmes de circulation provoqués sur l’autoroute ou le tunnel sous la Manche. Martinache se justifie encore : « À Calais, c’est normal de parler du tunnel parce que ce sont des soucis de sécurité. Bah oui. Mais vous n’y connaissez rien ». Puis il nie tout en bloc : « Vous ne connaissez rien des autres journalistes et des CDD. Tout ce que vous avez écrit ce sont des inepties ». Certes, passer plusieurs repas en compagnie de ses collègues n’a pas fait d’elle leur confidente exclusive, mais les soucis d’argent, on en parle à celles et ceux qui sont dans la même galère. Pas au chef d’agence, pas au chien de garde. Au bout de cinq minutes, il lui raccroche au nez. « Est-il vraiment si facile de cracher dans la soupe après l’avoir bue ? Sans doute, en passant par un rot. Bonne digestion ». C’est Patrick Seghi qui s’exprime, le chef d’agence de Tourcoing, sur le blog de Gaëlle qui a mis l’article en ligne . Ce petit chef qui lui lança alors qu’elle était en CDD : « La politique, c’est pas bon à La Voix du Nord » en y ajoutant un silence lourd de sous-entendus... En clair : garde à vous ! Gaëlle décrivait cette agence comme l’une des plus détestables de La Voix.

Les fayots

Des journalistes, lecteurs et lectrices sont également venus défendre leur maître sur son blog. « Tu n’as certainement pas compris que la PQR (Presse Quotidienne Régionale) doit vendre, qu’il faut te mettre à la place des lecteurs », clame Sandrine. « Enlevez les faits divers d’un journal de PQR, vous allez voir la tronche des ventes. Donc les mettre en une, c’est plutôt normal, non ? Faut bien manger », dixit Micheline. Puis Geoffroy de Saint Gilles, titulaire à Tourcoing, ne voit pas pourquoi un conflit social prendrait le dessus sur un vulgaire embouteillage : « Tu sembles vouloir faire l’opinion des gens, leur dire ce qu’il faut penser (une grève est plus importante que vos bouchons) », ajoutant « personne ne t’oblige à faire des CDD à La Voix ». « Sam » y va encore plus fort. Il décèle « une grande frustration » chez Gaëlle : « Tu pensais devenir journaliste à la Tintin ou quoi ? Tu t’es trompée de média alors. [...] Je comprends que La Voix du Nord ne t’ait pas gardée. Tu n’as aucune expérience, des préjugés idiots et infondés sur la presse régionale, tu manques de respect aux journalistes de La Voix du Nord dont je fais partie. Bon vent au pays des Bisounours ». Bon vent dans la presse pourrie, Sami ! La perle revient à « Pieds sur terre », qui met en avant les performances de La Voix, un journal financièrement bénéficiaire aux 1000 salarié.es  : « Faut-il mettre en péril tous ces emplois en changeant de ligne éditoriale pour faire plaisir à quelques journalistes bobos ? ». Qu’il ouvre les yeux, les bobos sont à La Voix, et offrent des jeux, du sport et du chien écrasé au populo.

Contrepoids

La seule critique « valable », c’est le fait qu’elle ait avoué avoir glissé aux cheminots CGT être « de leur côté », lors d’une réunion syndicale. Certes, en vertu de « l’objectivité journalistique », c’est « interdit ». Mais face à la subjectivité de La Voix et des médias qui mentent, tantôt méprisant les mouvement sociaux, tantôt se faisant les apôtres de la pensée dominante, la tentation est forte d’afficher un soutien aux grévistes... pour ne pas être reçu en ennemi. Néanmoins, la majorité des dizaines de réactions - journalistes ou non - confirment la vision d’un journal pauvre en information, racoleur, bâclé. Salarié actuel de La Voix, «  un journaleux énervé » témoigne de manière anonyme, de peur « d’être viré ». Il confirme que « nier le fait que La Voix du Nord exploite ses CDD serait vraiment être totalement aveugle (...). Il n’y a rien de mieux pour rendre les salariés complètement dociles et dépendants à leurs chefs (...). Ce sont effectivement des « petits soldats », corvéables et malléables à merci ».

S.G et G.D

Notes :

[1] [La Brique n°10, nov-déc 2008.->http://labrique.lille.free.fr/spip.php ?article848

[2] La Brique n°10, nov-déc 2008.

 
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