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08/01/2009

Les chiens de garde de la Voix du Nord

Un petit article de La Brique (signé-surtout-S.G et-un peu-G.D). Et bien sûr, une autre référence à un journaliste que j'estime énormément. Allez jeter un coup d'oeil au dessin. Joli. Joli.

 

 

Les chiens de garde de la Voix du Nord

 

Dans « Les petits soldats de La Voix du Nord » [1]], une salariée évincée de la rédaction du quotidien témoignait après un an de CDD. Ses attaques sur la primauté du fait divers et les conditions de travail ont suscité de vives réactions, souvent lamentables, de la part de chefs d’agence comme de journalistes.

Le 24 novembre, coup de téléphone. « Gaëlle David ? Pascal Martinache de l’agence de Calais. Vous vous souvenez  ? ». Il prévient d’emblée : « Nous aurions dû être bien plus méchants sur votre note de CDD, nous avons été gentils. » La notation de l’agence l’a pourtant empêchée de renouveler son contrat... Puis il déblatère sans lui laisser une seconde de répit. Dans son papier [2], Gaëlle racontait par exemple comment une manifestation calaisienne avait laissé place à un accident de la route en Une du canard, photo malsaine à l’appui. À quoi Martinache rétorque  : « Si pour vous un papier sur un accident d’un enfant et de son père n’est pas important, c’est que vous ne comprenez rien au journalisme, vous ne serez jamais journaliste ». Un vrai journaliste préfère le racolage morbide aux mobilisations sociales, c’est bien connu !

Les chefs d’agences voient rouge

Sur la dernière grève des pêcheurs, l’agence lui demandait de mettre l’accent sur les problèmes de circulation provoqués sur l’autoroute ou le tunnel sous la Manche. Martinache se justifie encore : « À Calais, c’est normal de parler du tunnel parce que ce sont des soucis de sécurité. Bah oui. Mais vous n’y connaissez rien ». Puis il nie tout en bloc : « Vous ne connaissez rien des autres journalistes et des CDD. Tout ce que vous avez écrit ce sont des inepties ». Certes, passer plusieurs repas en compagnie de ses collègues n’a pas fait d’elle leur confidente exclusive, mais les soucis d’argent, on en parle à celles et ceux qui sont dans la même galère. Pas au chef d’agence, pas au chien de garde. Au bout de cinq minutes, il lui raccroche au nez. « Est-il vraiment si facile de cracher dans la soupe après l’avoir bue ? Sans doute, en passant par un rot. Bonne digestion ». C’est Patrick Seghi qui s’exprime, le chef d’agence de Tourcoing, sur le blog de Gaëlle qui a mis l’article en ligne . Ce petit chef qui lui lança alors qu’elle était en CDD : « La politique, c’est pas bon à La Voix du Nord » en y ajoutant un silence lourd de sous-entendus... En clair : garde à vous ! Gaëlle décrivait cette agence comme l’une des plus détestables de La Voix.

Les fayots

Des journalistes, lecteurs et lectrices sont également venus défendre leur maître sur son blog. « Tu n’as certainement pas compris que la PQR (Presse Quotidienne Régionale) doit vendre, qu’il faut te mettre à la place des lecteurs », clame Sandrine. « Enlevez les faits divers d’un journal de PQR, vous allez voir la tronche des ventes. Donc les mettre en une, c’est plutôt normal, non ? Faut bien manger », dixit Micheline. Puis Geoffroy de Saint Gilles, titulaire à Tourcoing, ne voit pas pourquoi un conflit social prendrait le dessus sur un vulgaire embouteillage : « Tu sembles vouloir faire l’opinion des gens, leur dire ce qu’il faut penser (une grève est plus importante que vos bouchons) », ajoutant « personne ne t’oblige à faire des CDD à La Voix ». « Sam » y va encore plus fort. Il décèle « une grande frustration » chez Gaëlle : « Tu pensais devenir journaliste à la Tintin ou quoi ? Tu t’es trompée de média alors. [...] Je comprends que La Voix du Nord ne t’ait pas gardée. Tu n’as aucune expérience, des préjugés idiots et infondés sur la presse régionale, tu manques de respect aux journalistes de La Voix du Nord dont je fais partie. Bon vent au pays des Bisounours ». Bon vent dans la presse pourrie, Sami ! La perle revient à « Pieds sur terre », qui met en avant les performances de La Voix, un journal financièrement bénéficiaire aux 1000 salarié.es  : « Faut-il mettre en péril tous ces emplois en changeant de ligne éditoriale pour faire plaisir à quelques journalistes bobos ? ». Qu’il ouvre les yeux, les bobos sont à La Voix, et offrent des jeux, du sport et du chien écrasé au populo.

Contrepoids

La seule critique « valable », c’est le fait qu’elle ait avoué avoir glissé aux cheminots CGT être « de leur côté », lors d’une réunion syndicale. Certes, en vertu de « l’objectivité journalistique », c’est « interdit ». Mais face à la subjectivité de La Voix et des médias qui mentent, tantôt méprisant les mouvement sociaux, tantôt se faisant les apôtres de la pensée dominante, la tentation est forte d’afficher un soutien aux grévistes... pour ne pas être reçu en ennemi. Néanmoins, la majorité des dizaines de réactions - journalistes ou non - confirment la vision d’un journal pauvre en information, racoleur, bâclé. Salarié actuel de La Voix, «  un journaleux énervé » témoigne de manière anonyme, de peur « d’être viré ». Il confirme que « nier le fait que La Voix du Nord exploite ses CDD serait vraiment être totalement aveugle (...). Il n’y a rien de mieux pour rendre les salariés complètement dociles et dépendants à leurs chefs (...). Ce sont effectivement des « petits soldats », corvéables et malléables à merci ».

S.G et G.D

Notes :

[1] [La Brique n°10, nov-déc 2008.->http://labrique.lille.free.fr/spip.php ?article848

[2] La Brique n°10, nov-déc 2008.

Commentaires

Je ne vois pas très bien la différence entre ce blog et celui d'un type qui passe son temps à insulter La Voix du Nord. Ce gars s'appelle Steeve Briois. Ah oui, juste un détail : c'est un élu FN.

Écrit par : Djone | 09/01/2009

Bravo Gaëlle.

La Voix du Nord n'est qu'un organe de propagande ou les informations sociale sont systématiquement dénaturées et orientée...

Y'a qu'a voir leur couverture de la greve lycéenne cette semaine à Dunkerque... On y apprend que c'étaient 400 élèves parmi "les moins motivés par les études" qui "déambulaient sans but dans les rues".

Si ça c'est pas orienté !!

Écrit par : cap2mer | 11/01/2009

La seule chose positive de ton expérience à La Voix du Nord, c'est que ça te permet de remplir ton blog. Il est temps de postuler chez Nord Eclair, ça nous changera un peu.

Écrit par : GAELLE4EVER! | 12/01/2009

C'est vrai ça, Djone, Toute personne qui critique la Voix du Nord est au FN.

Ah la la, la bonne vieille mise en parallèle avec l'extrême droite... Trop utilisée, passera pas... En tout cas pas ici.

Écrit par : le renégat | 12/01/2009

On est tous avec toi Gaëlle !!!! Ces grattes papiers,qui prônent les valeurs du journalisme indépendant, libre mais à la solde des "élites"(surtout politiques) et qui viennent vous sortir le refrain de :"je ne fais pas de politique..." ça donne des nausées.

Demain si le Font National prend le Nord... avec VDN ils passeront pour de fins démocrates, humanistes...A coup sûr!

Écrit par : Mael | 30/01/2009

Il est aisé de "sortir" d'une masse d'information quotidienne deux ou trois exemples censés démontrer la partialité supposée de toute une rédaction ; de réduire toute une ligne éditoriale à une phrase sortie de son contexte. Il serait tout aussi facile, et injuste, de se prêter à cet exercice avec n'importe quel autre journal, qu'il soit national, régional, hebdomadaire, télévisé... Je pense que la majorité des journalistes de la Voix, dont je fais partie, n'ont jamais prétendu être "objectifs", ce n'est d'ailleurs pas ce que l'on demande à un journaliste. Chacun écrit avec sa sensibilité, et c'est heureux. Mais on lui demande d'être honnête dans l'information qu'il délivre, donnant la parole à chacun, laissant la place aux points de vue différents, pour que le lecteur puisse se forger sa propre opinion, après avoir eu en mains l'ensemble des informations contenues dans le journal. En ce sens, La Voix du Nord remplit sa mission, évidemment pas parfaitement, mais avec la volonté farouche et quotidienne d'y tendre. En interne, les débats sont eux aussi quotidiens dans les rédactions locales et les services concernant le choix des contenus, et des instances représentatives du personnel travaillent elles aussi pour veiller à faire vivre l'autocritique, pour améliorer sans cesse le contenu. Alors, oui, évidemment, on écoute ce que veulent les lecteurs. Mais on écoute tout autant ce que veulent les journalistes, et l'équilibre est toujours difficile à trouver. Critiquer la Voix, d'accord. Mais de grâce, que les arguments soient solides, recevables, et qu'ils fassent avancer le "schmilblick". Car effectivement, "Sam" a raison de sentir de la frustration dans les propos de Gaëlle, et il est juste évident de constater qu'elle s'était tout simplement trompée de chemin en venant travailler dans la presse généraliste. Un poste de rédactrice dans une publication partisane me paraît tout indiqué. Ses écrits pourront alors être clairement orientés, selon ses propres idées et son unique vision des choses : mais s'agit-il d'un plus noble exemple de "journalisme" ?

Écrit par : Will | 05/02/2009

Will tu réponds à Gaëlle sur l'objectivité, l'engagement, le choix de la hiérarchisation en disant qu'en fait, tout ça fonctionne à peu près dans La Voix du Nord. Et que si Gaëlle critique c'est qu'elle a une position différente de principe sur ces questions, qu'en fait, elle voudrait faire de la Voix du Nord un journal partisan. Je ne le pense pas. Elle critique la Voix, justement, car ce journal ne s'ouvre pas assez à d'autres réflexions, qu'il met en avant de façon régulière les faits divers au détriment du reste... Elle explique qu'avec des phrases comme " Les calaisiens en ont rien à faire du blocage. Ce qu'ils veulent savoir, c'est ce qu'il provoque sur l'autoroute et le tunnel ", la VDN ne laisse pas la place aux points de vue différents comme tu le dis, mais présuppose que les lecteurs pense d'une certaine façon et qu'il faut absolument aller dans un seul sens.

De plus, le sujet du post "Les petits soldats de La Voix du Nord" n'était pas vraiment la ligne éditoriale de la VDN mais plutôt sa façon de faire avec ses salariés. L'utilisation à outrance par la presse de la précarité sans compensation, la hiérarchisation entre journalistes en cdi et les autres (ils font le même métier et devrait être considérés de la même façon)... Tout ça impliquant un travail bâclé et peu intéressant.

"Mais de grâce, que les arguments soient solides, recevables, et qu'ils fassent avancer le "schmilblick"."

Discréditer en insinuant que les argument ne sont pas solides et recevables sans expliquer pourquoi ne fait effectivement pas avancer le schmilblick.

Comment peut on critiquer la Voix si chaque argument est renvoyé par un "argument non recevable" ?

Ce que je trouve marrant (avec un rire bien jaune), c'est que dans les journaux les sujets sont souvent survolés, qu'on donne très peu de temps au journaliste pour s'imprégner de son sujet ce qui amène à un traitement très partiel (et souvent partial) mais que dès qu'il s'agit de critiquer la presse, les journalistes sont très rapidement sur la défensive. Ils contre-argumentent en arguant une trop courte étude (ton "Il est aisé de "sortir" d'une masse d'information quotidienne deux ou trois exemples [...] " en est un bon exemple) et ils disqualifient, sans justification, les propos tenus (Mais de grâce, que les arguments soient solides, recevables, et qu'ils fassent avancer le "schmilblick".). Alors qu'ici, on a une expérience de 3 mois à l'intérieur de la VDN. Peut on dire que l'étude du sujet est courte ? As-tu déjà fait une enquête de 3 mois à temps complet pour la voix du nord ? J'en doute.

Écrit par : le renégat | 05/02/2009

Commençons d'abord par dire que je n'achète absolument JAMAIS un quotidien régional. En raison de la médiocrité de son contenu. Il m'arrive de survoler la PQR de temps à autre puisqu'on peut la consulter gratuitement dans les entreprises, médiathèques et autres centres de documentation. Ce qui me conforte dans mon absence d'achat.

Je voudrais répondre à Will. La question la plus importante n'est même pas, bien souvent, l'esprit partisan de tel ou tel point de vue. Même si on constate que c'est toujours un esprit de droite outrageusement "libérale" qui préside aux éditoriaux que nous égrènent les diverses revues de presse nationales.

Non, le plus désolant, le point qui nous fait renoncer à acheter ou lire un peu régulièrement la PQR, c'est la pauvreté affligeante du contenu. Y compris quand le sujet est intéressant (alors que la PQR traite beaucoup de sujets tout à fait inintéressants comme l'accident mentionné.)

Voici quelque temps une journaliste qui me connaît m'a demandé de faire un reportage avec un collègue sur mon activité sociale. J'ai tout de suite précisé mes conditions impératives. À la fin du reportage, ces deux journalistes m'ont remercié de les avoir obligés à passer 2 h 30 en notre compagnie pour ne faire qu'un sujet de deux minutes au journal télévisé. En me disant qu'ainsi ils ont pu oublier leurs a priori, réviser leurs jugements à l'emporte-pièce et prendre en compte une réalité infiniment plus complexe et nuancée qu'ils ne l'avaient jamais imaginée. Et ils ont d'eux-mêmes mis à la poubelle des images dont ils n'étaient plus très fiers après deux heures de marche à nous suivre. En m'expliquant qu'ils étaient venus avec une idée qui ne correspondait pas du tout à la réalité que nous leur avions montrée.

C'est souvent le manque de travail, le survol, le côté sensationnel, en plus du parti-pris, que nous reprochons le plus à la PQR.

Écrit par : Hubert | 08/02/2009

Bonjour, j'ai beaucoup apprécié votre article que j'ai lu sur acrimed. L'exaspération me monte au nez à chaque fois que j'entends ce genre d'histoire.
Quand je lis "Tu n’as certainement pas compris que la PQR (Presse Quotidienne Régionale) doit vendre, qu’il faut te mettre à la place des lecteurs", je ne peux m'empêcher que ce sont les médias eux-mêmes qui ont abruti les masses, alimentent cette bêtise et ont provoqué ce "goût" pour les infos à la con du public (si tant est que les petits chiots agressifs aient raison à propos du rapport entre les ventes et le racolage actuel des medias).
Comme disait Coluche, "quand on vous montre des conneries à la télé toute la journée, vous finissez par les acheter". Moi j'appelle cela une lobotomie collective à grande échelle.

Merci à vous et bonne journée.

Écrit par : HN | 10/02/2009

Et hop, un autre journaliste de La Voix qui apporte sa pierre.
Le post de Will (que je ne connais pas; je vais prendre deux heures, euh une heure, eux 2 mn pour faire une enquête, hein Hubert? ^_^) me semble assez bien balancé.
Le problème de ton témoignage, Gaëlle, c'est qu'il tient mal son angle. Il y est question de plusieurs choses. Certaines sont justes, d'autres à côté de la plaque, à mon sens du moins.

Juste sur la description de l'utilisation faite des CDD. Pour être franc, on est en dessous de la vérité, et de la manière dont nous (comme tout le monde, j'ai commencé par des CDD) sommes traités comme des Kleenex. J'aurais des trucs à raconter là-dessus, ce dont je ne me prive d'ailleurs pas, mais je ne le ferai pas ici, car le terrain est un chouïa trop partisan à mon goût.

Car voilà, sur le récit des us et coutumes des agences, le bât blesse un peu; Non que ton témoignage, Gaëlle, soit fallacieux. Je ne doute pas que tu aies vu et entendu tout ce que tu dis, et comme toi, cela me choque. Et cela me choquerait si j'avais vu la même chose. Sauf que non. On ne m'a jamais empêché de faire un papier sur un conflit social. Qu'ensuite, la place accordée en Une soit âprement disputée, je te l'accorde, car ce choix dépend d'instances supérieures. Mais en ce qui concerne le traitement, l'angle, le ton du papier, cela ne regarde que le journaliste (évidemment, tu peux pas écrire un brûlot enfiévré appelant à prendre les armes, mais c'est la seule restriction ou presque :) ). En gros, un journal comme La Voix du Nord jouit, dans ses locales (les articles en Région, en Economie ou les manchettes de Une échappent à ce jugement), d'une liberté certaine. On n'a pas le flingue sur la tempe, et c'est ce qui est si difficile à faire admettre aux Acrimed, Agoravox, La Brique et autres Café Citoyen et j'en passe (et je suis lecteur, ben oui, "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu'à la mort etc etc."). Pardon pour la Lapalissade, mais un journal dépend AUSSI de ses journalistes. Dès lors, déduire de quelques mois de CDD que nous sommes tous des libéraux me semble relever d'une légère fainéantise intellectuelle. Je ne sers pas la soupe aux patrons, je n'organise pas la révolte du lumpen-prolétariat. Je fais mon travail, du mieux que je peux, et ce n'est jamais parfait, loin de là, mais j'essaie. J'essaie de donner la parole à tout le monde. J'essaie d'être "dur avec les forts, doux avec les faibles", parce que tout le monde n'a pas la même aisance avec les médias, la même facilité d'accès, la même connaissance de leur fonctionnement. J'essaie de creuser, de mettre en perspective, de rappeler le contexte, pour éclairer mon lecteur. parce que c'est ça, mon boulot: permettre à mon lecteur d'exercer sa citoyenneté, lui dire ce qui se passe mais aussi l'expliquer. Libre à lui ensuite de se faire son opinion; Je n'aime pas prémâcher la pensée des gens, ce qui explique que je suis peu friand de la presse d'opinion (ce qui ne m'empêche pas de la lire et de la trouver nécessaire). C'est pour ça que je suis totalement en désaccord avec toi, Gaëlle, quand tu déboules à la Cégèt' en balançant "Je suis avec vous". Parce que si toi, tu fais ça, on est obligé d'accepter que d'autres déboulent au MEDEF ou à la CGPME en gazouillant "Je suis avec vous". Tu vas me dire: "Mais eux, c'est les méchants?" Peut-être, mais quand on choisit la subjectivité, il faut la boire jusqu'à la lie.

Bref, je m'emporte. Plus le temps de dire que sur les faits div', je me sens plus proche de Bourdieu que du Parisien ou même de Sartre (enfin, le malheureux pleurerait s'il voyait le traitement des faits div' aujourd'hui). La critique est toujours utile, encore doit-elle s'appuyer sur une bonne connaissance de ce que l'on étudie. Que des précaires témoignent du traitement qui leur est réservé à La Voix (et dans d'autres journaux), qui ne se prive pas, à l'occasion, de donner des leçons aux patrons-voyous (si si, lisez bien), la chose est salutaire. Mais un vrai débat sur les médias mérite mieux que des sentences à l'emporte-pièces et des péroraisons de "non-lecteurs de PQR" (c'est la meilleure, celle-là).

Au plaisir de rediscuter un de ces quatre (et j'espère que t'as retrouvé un truc depuis)
Aleth

Écrit par : Aleth | 13/02/2009

Chère Gaëlle,

Je suis un ancien CDD de La Voix du Nord (1997 à 1999) alors ton histoire sonne à mes oreilles comme un air de déjà vu. Je vois qu'une dizaine d'années après, rien ne change. J'ai connu, moi aussi, les "joies" du CDD à la VDN.
Diplômé de l'IUT de Tours en 1996, et après un stage de deux mois d'été à l'agence d'Hazebrouck en 1995 où je me suis vraiment éclaté, la VDN a fait appel à moi pour des remplacements réguliers de 1997 à 1999. J'habitais à l'époque à Tours (500 km de Lille) et j'avais l'habitude de recevoir des appels du SGR, le vendredi soir pour me dire : "Vous commencez lundi à Calais...".
Imagine le branle-bas de combat le week-end pour dégoter un logement pas trop cher (dans ce cas là, il fallait faire preuve de débrouillardise pour se loger pas cher) !
Les contrats ne dépassaient guère les 15 jours, 3 semaines voire 1 mois maxi et j'ai pu découvrir la région : Calais, Cambrai, Caudry, Hénin-Beaumont, Lille et des rédactions assez particulières... Evidemment, les fins de mois étaient difficiles et je serrais les fesses pour ne pas que ma bagnole me lâche. Pour tenir le coup, financièrement, j'alternais les CDD en PQR (pas seulement la VDN mais aussi le Courrier de l'Ouest) avec des missions d'intérim dans l'industrie à Tours (je bossais en équipe de 21h à 5h du mat). A l'époque je ne me plaignais pas car j'en voulais...
Et puis, un jour, c'était début 1999. Après deux ans de CDD, j'appelle le SGR en lui demandant de me trouver des missions plus longues. Lui me répond : "Installez vous dans le Nord !". Je lui réponds : Ok, mais où ? Si je m'installe à Calais et que vous m'envoyez à Cambrai, c'est pas très pratique. Et, il me donne de grandes leçons de journalisme dont je te passe le détail en me proposant 15 jours je ne sais plus où...
J'apprendrai quelques années plus tard qu'il était parti avec un bon paquet d'oseille en faisant jouer la clause de conscience après la prise de participation de Rossel... Les grandes leçons, c'est bon pour les autres.
Après la discussion avec le SGR, j'ai décidé d'"arrêter les frais" -mon périple en remplacement à la locale de Lille m'avait en effet presque coûté de l'argent entre le voyage, le logement et la bouffe et j'en fus réduit à la fin du CDD à racheter des tickets de resto U aux étudiants pour pouvoir bouffer.
J'ai aujourd'hui bifurqué dans la presse de collectivité...

Courage aux CDD de la VDN et de la PQR en général. Ne laissez surtout rien passer ! N'hésitez pas à contacter les syndicats si besoin est. J'en ai fait l'expérience dans d'autres titres de la PQR, ils sont d'un bon soutien.

Bien à vous
Kamel Ayeb
Ancien CDD à la VDN

Écrit par : Kamel | 13/02/2009

Moi, je rêve qu'il n'y ait que de la pornographie dans la presse. On nous dit information, je dis communication, pain, jeux, bla bla.
Forcèment, quand on penche à gauche chère Gaelle (et cela est très bien), se retrouver à la Voix... Il y a de quoi rester sans voix, mais bon faut bien bouffer, qui c'est qui paie les carottes et les navets, hein? Tirer sur la VDN, c'est un peu tirer sur l'ambulance, la situation est similaire dans d'autres titres de presse. C'est même pire en hebdo, et vas-y qu'il faut des photos avec des gens en rang d'oignons car ce sont EUX qui achétent les canards (WC), etc. Je l'ai entendu maintes fois. Au moins à la VDN, y'a des vrais photographes, toujours ça de pris.
Cela n'enlève rien au fait que la presse est en crise, entre LIbération qui est très beau mais qui ne se vend pas, et Nord Littoral qui vend à donf en faisant de la merde, il y a quelque chose à trouver mais je ne sais pas quoi. Quant à la presse d'opinion, elle prêche des convertis, comme la Croix, un des seuls titres à voir ses ventes augmenter de manière régulière. On ne peut pas en dire autant du reste de la presse régionale, exception faite des hebdos (des journaux pour les gens du cru, faits par des gens du cru. Cela ne manque pas de... piquant).
Ton regard sur la précarité du métier de journaliste est bien vu, Gaelle, très bien vu. Tant qu'il y aura des petits soldats pour dire oui, ce système continuera. Et quand un chef, ou pire un autre CDD un peu mieux noté, te dis que finalement être dans cette situation c'est pas si mal, je repense au film Salo de Pasolini, où l'on peut finir par manger de la merde. Suffit de se faire une raison, qui peut passer par l'embauche, le salaire, ou je ne sais quoi d'autre. La merde qui entre insidieusement dans les cerveaux. Tout comme l'autocensure chez un journaliste pris dans un "système" anonyme, pas violent, mais bien présent. Ca fait bizarre quand on expérimente cela. Parole d'ancien CDD, qui a vu clair assez vite. Mais là où tu t'embourbes, c'est dans ta vision du métier. Devoir de neutralité, etc. Même si on est d'accord avec les gens, on ne dit pas je suis de votre côté. C'est le correspondant-ami-du-maire qui fait ça. Malheureusement... Un journaliste n'est pas là pour servir la soupe ni pour afficher ses opinions de manière brutale. Respect du lecteur et tout ça. Du moins un minimum. Un regard sur le monde, et à fortiori sur une information même locale, se fait avec une distance et un regard critique. Cela s'apprend, on peut le faire même en CDD, suffit de le vouloir et de pouvoir. La VDN n'a jamais été Liberté Hebdo. Après, reste le choix de où on travaille.
Un journal se remplit, c'est comme ça. On pisse de la copie, c'est même une qualité appréciée dans les locales où il ne se passe rien. Quant à s'étonner de l'importance accordée au faits divers, je suis d'accord avec ce que tu remarques. Mais c'est du même niveau qu'une jouvencelle qui serait effrayée par le braquemart de 20cm de son prince charmant et s'exclamerait "ouh qu'elle est grosse". C'est tout de même navrant, surtout quand on ne voit que des photos de tole froissée qui n'apportent pas grand chose au lecteur malheureusement.
Enfin, pendant ce temps là, la terre tourne. On se fait entuber, on est exploité, mais au moins on rigole. De moins en moins tout de même...

Écrit par : el topo | 18/02/2009

Et Kamel, dans ton boulot, la presse de collectivité, est-ce que tu es libre des sujets que tu veux faire ? Est-ce que tu as un quotas de photos du maire, du président d'agglo ou de président de conseil général ? C'est génial ces critiques de Gaëlle et son chevalier servant Rénégat; elle qui bosse comme bénévole pour la Brique et gagne sa vie dans une boîte qui fait des sites et se retrouve devant la justice pour escroquerie ! Ou Kamel qui, s'il ne critique la ligne éditoriale, bosse pour un organe politique financée par l'argent public pour de la propagande... Et les journalistes de la Voix de se faire copieusement insulter, traîner dans la boue. Ouais renegat, Gaëlle a passé trois mois à la Voix et donc elle peut dire tout ce qu'est ce journal. Absurde ! Car toi qui la défend (elle est peut-être en vacances ?), explique moi pourquoi elle n'a rien dit ? Pourquoi n'a t-elle pas balancé dans la gueule de ceux qu'elle méprise tant sa façon de pensée ? Car elle avait peur de plus avoir de CDD... donc elle espérait rester, elle a été jeté et s'est vengée. Mais alors que serait-il arrivé si elle avait été embauchée ? Et si de toute façon elle ne voulait pas rester, qu'avait-elle à perdre ? Là, franchement, je ne comprends pas.

Écrit par : ducon | 23/02/2009

@Ducon :

Bon, je connais Gaelle, on a à peu près la même vision sur la presse, elle et moi. Ducon, tu nous dis qu'on n'a pas le droit de critiquer la Voix parce qu'on n'a pas des vies exemplaires. Donc un journaliste, ou toute autre personne ne peut rien critiquer car il n'est pas exemplaire. Bonjour l'avenir du journalisme, obligé de faire du neutre ou du positif... Et le journalisme associatif n'est pas sale, hein ;)

Kamel et Gaelle, dans leurs métiers, ne font pas du journalisme et ne revendiquent pas d'en faire. Le journalisme est effectivement autre chose que de la comm ou de la propagande... C'est pour ça qu'on a une demande forte envers vous.

Pour répondre à ton attaque envers moi, je défend sa position sur la presse. Toi tu défends la Voix du Nord, coute que coute... sans te poser de question. En ne prenant en compte aucune critique.
Je n'ai pas dit qu'elle pouvait dire tout sur la Voix. Elle peut parler de ce qu'elle a vu : des conditions de travail pas terribles. C'est tout. Elle n'a pas dit grand chose de plus. C'est dans les commentaires que ça a dériver vers le contenu. Ils ne sont pas faux pour autant mais le sujet du billet n'était pas celui la.

Les pôvres journalistes de la Voix du nord "trainés dans la boue" ? On dit juste qu'ils mettent trop les faits divers en valeurs et qu'ils n'ont (ou prennent) pas assez de temps pour bien bosser leurs sujets. Elle est un peu claire ta boue, non ?

Bon et pour finir : Bizarrement, tu ne réponds aucunement aux "attaques" de Gaelle. Précarité ? Mauvaise qualité de travail ? Prépondérance des faits divers ? Et pour te faire plaisir, je ne répondrais que si tu abordes ses sujets :)

Écrit par : le renégat | 24/02/2009

@le renégat "Le chien de garde de Gaëlle David"

"Mauvaise qualité de travail à la VDN" ... A noter que TOUTES les primes y sont payées, celle de transport également (lire la note "(in)Subordination" du 17/02).

Écrit par : René Ga | 24/02/2009

@ René Ga, Ducon

ah ah ah...

Ducon me questionne... Je répond... Et Gaëlle fait ce qu'elle veut sur son blog...

Et oui, tout n'est pas mauvais à la Voix, ils respectent même le code du travail parfois.

Écrit par : le renégat | 24/02/2009

Heureusement que la Voix paie ses primes, une entreprise en vue comme celle-là a des syndicats, qui seront les premiers à demander que cette prime existe. Dans ma boîte actuelle, ça n'existe pas.

Pour ce qui est de la Voix, de la presse instit', de la propagande... Je suis d'accord, on est a quinze mille kilomètres de la chose. Mais ce que dit le renégat est vrai : "on a une demande forte envers vous". On aimerait que ça change, mais quand on voit les sujets marronniers qui s'amassent, les faits div qui en remettent une couche, on veut voir mieux !
Mais clairement, mon article était basé sur les conditions de travail à la Voix, pour les CDD Kleenex s'entend.
Mon entreprise n'est pas en procès. Mauvaise pioche.

Écrit par : Julie | 24/02/2009

Salut,
je viens de lire un excellent papier sur le site d'Acrimed (http://www.acrimed.org/article3071.html), qui résume la (triste) réalité de la PQR , sauf que... cette petite phrase m'a choqué : “Mais je rassure les militants : « je suis de votre côté, je vous donnerai de la place dans le journal. »” Ce n'est pas parce que le journal qui te paie est réactionnaire qu'il faut que tu copine avec le premier gauchiste venu. Aucun journaliste n'est objectif. Mais certains restent honnêtes. Au moins avec eux-mêmes...

Écrit par : Philippe | 26/02/2009

Bon, après tous ces commentaires, même si je l'ai déjà justifié, je vais de nouveau expliquer ce que j'ai voulu dire par les termes de copinage tenus à la CGT. Termes qui sont des raccourcis de la situation racontée.
Il faut surtout savoir que la plupart des syndicats que j'ai été voir, nous filent une feuille et débitent leur texte et nous laissent partir. Mais quand j'ai le temps, je préfère causer avec les syndicats, connaître un peu le tissu local.
La section CGT cheminot de Calais avait prévu de me donner un récapitulatif de leurs actions passées. Au journal, on m'avait dit "vas-y on verra si on fait quelque chose, si c'est intéressant". La section avait la même réflexion, sait qu'elle ne passerait sans doute pas dans le journal. Il s'agit aussi, souvent dans ce boulot, de rassurer la personne qu'on a en face, de justifier notre boulot. "Oui vous êtes intéressants, oui il n'y a que mon journal qui est venu, mais vous n'avez pas fait ça pour rien, vous avez toute légitimité dans nos colonnes."
Mon texte est mal tourné, je l'avoue volontiers. Mais rien ne change dans ce que je viens de dire, les syndicats, pour la plupart, se sentent presque complexés vis-à-vis des médias. Je préfère désamorcer la situation en leur expliquant que je suis là pour écouter et pas pour entendre.

Écrit par : Julie | 27/02/2009

politicien pas politique Gaëlle, le sens des mots est important dans ce métier. Cela évite quelques dérives... Quelle digestion difficile. L'haleine est devenue quasiment fétide depuis...

Écrit par : aristote | 01/03/2009

Bah si le rené j'ai parlé des fait div, dans les commentaires du premier article. Mais tu sais, je n'attends pas frénétiquement les réponses, en plus tu crois, avec Julie, ou Gaëlle, ou je ne sais plus trop, que je bosse à la Voix. Hi hi... c'est drôle. Comme c'est trop drôle de voir l'évolution de "fayots", "chiens de garde"... à "on a une demande forte envers vous" (Moi, dans mon boulot, je ne sais pas vraiment ta demande forte mais bon).
Toi, quand tu fais une demande forte à quelqu'un, tu commences par l'insulter. Enfin, plutôt tu te tais face à lui, tu obéis même sans être d'accord puis tu l'insultes ensuite.
Moi, quand j'ai une demande, une opposition, je vais voir la personne, je le dis et soit nous discutons, soit il me catalogue et ne m'aime pas. Mais je pourrai le regarder droit dans les yeux. Est ce que tu gardes des liens avec Calais, avec Tourcoing et d'autres agences où tu as travaillé ? et puis je repose cette étonnante contradiction qui semble déranger : pourquoi Julie tun'as rien balancé à la gueule de tes chefs si, de toute façon, tu ne voulais pas rester. Ou alors tu aurais voulu rester... comprends pô

Écrit par : ducon | 01/03/2009

à Ducon

Préambule : signe de ton vrai nom, c'est la première règle du journalisme : ne pas avancer masquer et dire toujours qui l'on est... Mais bon, c'est pas facile tous les jours d'être journaliste, hein Ducon ?

Et ton canard à ton avis, il est financé par quoi ? Et ton salaire de "journaliste" qui le finance en fait ? Qui achète des pleines pages de pub à la VDN ? Réfléchis un peu et tu comprendras... Ce sera un bon début.

Kamel

Écrit par : Kamel | 08/03/2009

pschiittttt!!!!!! MDR
Socrate

Écrit par : tremplin | 09/12/2009

Article très intéressant, merci pour ces informations.
Laiza

Écrit par : Airedale terrier | 25/08/2010

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
travesties par des gueux pour exciter des sots,
et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles...

de Rudyard Kipling

Écrit par : socrate | 06/01/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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